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Rio Tinto Alcan: le syndicat dénonce l'intervention de Clément Gignac

02/03/2012 03:13 EST | Actualisé 02/05/2012 05:12 EDT

MONTRÉAL - Le Syndicat des métallos (FTQ), qui représente les 780 travailleurs en lock-out de l'aluminerie Rio Tinto Alcan d'Alma, au Lac-Saint-Jean, dénonce vivement les propos du ministre des Ressources naturelles, Clément Gignac, et lui demande de faire preuve de plus de retenue dans le dossier.

«Nous sommes étonnés de la position d'un ministre des Ressources naturelles, responsable du Plan Nord, qui vient prendre fait et cause pour l'entreprise en disant que, ce que tente d'obtenir l'entreprise dans le cadre de ces négociations, c'est justifié», s'est indigné Daniel Roy, directeur québécois des Métallos.

«Il a manqué à son devoir de réserve nécessaire dans ce dossier-là. Et s'il veut vraiment se mêler du processus de négociation, on l'invite à tout le moins à nous rencontrer pour avoir notre version des faits», a-t-il ajouté.

Le ministre a fait, dans une entrevue au quotidien Le Devoir, l'éloge de la sous-traitance qui est au centre des demandes patronales de Rio Tinto Alcan, qui a mis ses travailleurs en lock-out il y a deux mois.

Clément Gignac, économiste de formation, a déclaré que la sous-traitance est un phénomène mondial qui stimule la compétitivité des entreprises, prenant pour exemple la sous-traitance effectuée par le fabricant de trains d'atterrissage Héroux-Devtek pour Bombardier aéronautique.

«Le ministre est un peu mélangé, a dit M. Roy. Il ne s'agit pas d'une entreprise d'aviation, qui fait des avions, et qui fait faire des composantes ailleurs pour les mettre dans un avion. L'entreprise veut remplacer des travailleurs au moment de la retraite ou lorsqu'ils quittent par des sous-traitants qui vont travailler aux côtés de l'employé de Rio Tinto Alcan à un salaire différent. C'est ça qu'on dénonce et que le ministre ne semble pas avoir saisi.»

Rio Tinto Alcan soutient qu'elle veut faire appel à de la sous-traitance dans la même mesure que dans ses autres installations et chez ses concurrents.

Clément Gignac a aussi accusé les dirigeants syndicaux de démoniser la sous-traitance, notamment Marc Maltais, président du Syndicat des travailleurs de l'usine d'Alma, qui fait une tournée mondiale pour rencontrer des chefs syndicaux qui ont eu maille à partir avec Rio Tinto.

Selon Daniel Roy, cette stratégie est facile à justifier.

«RioTinto, c'est une compagnie qui opère à la grandeur de la planète, qui a des grands moyens financiers. Notre stratégie syndicale — et c'est encore une autre situation où le ministre semble prendre fait et cause pour la compagnie — c'est de mener une campagne à la grandeur de la planète, de jouer sur la même patinoire que l'entreprise. Nous sommes aussi un syndicat qui a des ramifications à la grandeur de la planète et on les suit partout», a-t-il dit.

Le ministre Gignac a par ailleurs repris à son compte les chiffres avancés par le chef des opérations de l'usine d'Alma, Étienne Jacques, qui soutient que le lock-out fait perdre 1 million $ par jour à la multinationale. Cependant, Rio Tinto Alcan vend ses surplus d'électricité à Hydro-Québec ce qui lui permet, selon Daniel Roy, de limiter ses pertes car l'entente lui permet de vendre l'électricité à un prix quatre fois plus élevé que son coût de production.

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