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Les rebelles syriens annoncent un «retrait tactique» du quartier de Baba Amr

01/03/2012 04:49 EST | Actualisé 30/04/2012 05:12 EDT

BEYROUTH - Les rebelles syriens ont annoncé jeudi leur «retrait tactique» du quartier de Baba Amr, à Homs, après un mois de siège par les forces gouvernementales décidées à «nettoyer» ce bastion de l'insurrection.

Alors que l'offensive gouvernementale s'intensifie sur le quartier rebelle, le Conseil national syrien (CNS), principale formation de l'opposition, a annoncé la mise sur pied d'un «bureau militaire» afin d'organiser et d'unifier la lutte armée contre le régime de Bachar el-Assad.

Dans un communiqué, la brigade des insurgés de Baba Amr a annoncé procéder à un «retrait tactique» pour épargner les quelque 4000 civils qui n'ont pas pu ou pas souhaité évacuer le quartier, bombardé sans relâche depuis près d'un mois. La décision a été prise «en raison de la dégradation des conditions humanitaires, le manque de vivres, de médicaments, d'eau, les coupures d'électricité et des communications, ainsi que du manque d'armes».

Les insurgés mettent en garde les troupes syriennes contre toute attaque de «représailles» contre les civils. Ce type d'actions «coûterait beaucoup au régime», préviennent-ils dans un communiqué.

Jeudi, les forces syriennes ont coupé tous les moyens de communication du quartier de Baba Amr, brouillant les signaux de téléphone satellite, seul moyen de joindre l'extérieur après le blocage de toutes les liaisons téléphoniques fixes et sans fil.

Les bombardements sur Homs, troisième ville de Syrie, ont fait plusieurs centaines de morts et de blessés, dont plusieurs n'ont pas encore pu être soignés. À Genève, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a annoncé avoir obtenu le feu vert des autorités syriennes pour accéder vendredi à Baba Amr, où ses équipes n'ont pas pu entrer depuis le 25 février. Seulement 27 personnes, dont des femmes et des enfants, avaient alors pu être évacuées.

Selon le porte-parole Hicham Hassan, le CICR et la Société du Croissant-Rouge syrien doivent acheminer des vivres à Baba Amr et procéder à des évacuations.

Le sort de la journaliste française du «Figaro» Édith Bouvier, blessée et bloquée à Baba Amr, reste incertain. «Que ce soit ici à Paris ou sur le terrain, nous mettons tout en oeuvre pour obtenir l'évacuation d'Édith Bouvier dans des conditions sécurisées», a déclaré le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Bernard Valero.

À Paris, le président du Conseil national syrien, Burhan Ghalioun, a annoncé jeudi la formation d'un «bureau militaire» en coordination avec l'Armée syrienne libre (ASL), composée principalement de déserteurs de l'armée.

«Nous voulons organiser ceux qui portent les armes aujourd'hui», a déclaré Burhan Ghalioun lors d'une conférence de presse.

«La révolution a débuté pacifiquement et a gardé son caractère pacifique pendant des mois, mais la réalité aujourd'hui est différente et le CNS, confronté à cette nouvelle réalité, doit assumer ses responsabilités», a ajouté M. Ghalioun. Invité à préciser si la Syrie s'acheminait selon lui vers la guerre civile, il a répondu par la négative.

«Non, le soulèvement en Syrie restera avant tout un mouvement populaire pacifique. La tâche du conseil militaire est de protéger ces manifestants pacifiques et les civils», a-t-il fait valoir. «Nous voulons contrôler l'usage des armes pour qu'il n'y ait pas de guerre civile. Notre objectif est d'éviter une guerre civile.»

Le CNS avait déjà demandé des armes pour l'insurrection. Mais c'est la première fois qu'il cherche à organiser la lutte armée, à l'heure où les forces syriennes ont lancé une offensive au sol pour reprendre et «nettoyer» le quartier de Bab Amr, devenu un symbole du soulèvement contre le régime de Bachar el-Assad.

À Genève, le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a condamné jeudi la Syrie pour «ses violations systématiques et généralisées» contre les civils et l'ont appelée à mettre un terme immédiat aux violences.

Le texte, adopté par 37 pays membres du Conseil sur 47, n'a pas de valeur contraignante. La Russie, la Chine et Cuba ont voté contre.

Selon des estimations de l'ONU, la répression du soulèvement en Syrie a fait plus de 7500 morts depuis mars 2011.

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