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Flinguer un opposant : le mot de Poutine suscite l'indignation

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Vladimir Poutine a suscité l'indignation jeudi de nombre d'opposants en Russie. (Photo Getty)
Vladimir Poutine a suscité l'indignation jeudi de nombre d'opposants en Russie. (Photo Getty)

MOSCOU, 1 mars 2012 (AFP) - L'opposition russe prête à "flinguer" l'un des siens pour en accuser le pouvoir: l'affirmation de Vladimir Poutine a suscité l'indignation jeudi de nombre d'opposants, qui ont mis en garde contre une dérive du discours public à trois jours d'une présidentielle sous tension.

"Le pouvoir ne peut pas, dans une situation politique aussi tendue, faire monter la tension avec des déclarations équivoques du genre de +flinguer+", a écrit Mikhaïl Prokhorov, milliardaire et candidat libéral à l'élection, sur sa page Facebook.

"Une telle déclaration parait irresponsable et fait monter encore la tension dans la société", a de son côté déclaré Sergueï Oudaltsov, le leader du Front de gauche russe à l'agence Interfax.

Vladimir Poutine a fait ces déclarations mercredi lors d'une rencontre publique avec des membres de ses comités de soutien.

"Certains sont prêts à sacrifier quelqu'un. (...) Ils cherchent même une victime sacrificielle parmi des gens connus. Ils peuvent flinguer quelqu'un et ensuite accuser le pouvoir", a-t-il lancé, dénonçant des stratagèmes préparés selon lui par l'opposition pour discréditer l'élection dont il est le grand favori, et faire monter la tension.

Un leader de l'opposition, le journaliste Sergueï Parkhomenko, a qualifié ces propos de "fruits de l'imagination de Vladimir Poutine", un ancien agent du KGB.

Mais il a mis en garde le premier ministre contre de tels propos.

"Il y a parmi les partisans de Poutine des gens pour lesquels +flinguer+ quelqu'un ne pose aucun problème (...) Poutine ne devrait pas utiliser ce mot", a-t-il ajouté, cité par Interfax.

Une opinion partagée par Gleb Pavlovski, un ancien conseiller du Kremlin.

"Un Premier ministre ne peut pas prononcer de tels mots. Si par malheur quelqu'un comprend de travers l'expression +victime sacrificielle+ et veut faire ce qui lui semble être quelque chose de bien et d'utile pour la patrie, ce sera triste", a-t-il dit.

Mercredi, Vladimir Poutine a dit soupçonner de ce projet criminel "avant tout ceux qui sont à l'étranger", une allusion assez claire au milliardaire Boris Berezovski, bête noire du pouvoir russe, réfugié à Londres depuis le début des années 2000.

Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a pour sa part déclaré que la Russie coupera court à toute tentative des Etats-Unis de s'ingérer dans le processus électoral en Russie en estimant que le temps où Washington pouvait "faire la leçon" dans ce domaine était "révolu".

"Nous réagissons fermement lorsqu'il y a des tentatives d'influer sur les processus politiques et électoraux en Russie, y compris en finançant des institutions de la société civile", a-t-il poursuivi.

Vladimir Poutine a à maintes reprises accusé les organisateurs des manifestations de l'opposition et les ONG qui surveillent les élections d'être à la solde des Occidentaux.

L'une de ses ONG, Golos, financée par des fonds occidentaux, a fait jeudi un bilan peu flatteur de la campagne électorale avec Vladimir Poutine omniprésent à la télévision, le dénigrement de l'opposition et des pressions sur des médias indépendants.

"La seule différence entre cette campagne électorale et celle de l'automne 2011 (pour les législatives, ndlr) est que les techniques de pression sur les électeurs s'organisent avec plus de prudence, avec une plus grande crainte de révélations et de scandales publics", a résumé l'association.

"On organise une hystérie de masse en accusant des ONG et l'opposition de travailler pour des gouvernements étrangers", poursuit Golos.

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