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Couche-Tard: la CSN s'oppose à une demande d'ordonnance de non-publication

29/02/2012 01:02 EST | Actualisé 30/04/2012 05:12 EDT
PC

MONTRÉAL - Les employés des deux dépanneurs Couche-Tard montréalais qui ont été fermés de manière inopinée en 2011 devront encore patienter avant de livrer leur témoignage devant la Commission des relations du travail.

À la demande de l'avocat d'Alimentation Couche-Tard (TSX:ATD.B), Me André Sasseville, les audiences ont été de nouveau suspendues — cette fois, pour une durée indéterminée — jusqu'à ce que les résultats d’une révision judiciaire logée par son équipe ne tombent.

La cause a été suspendue jusqu'à jeudi matin à 11 heures. Elle se transporte devant la Cour supérieure du Québec, qui aura la tâche de déterminer si les audiences sont suspendues jusqu'à ce que la question de la révision judiciaire soit réglée.

La demande de révision a été déposée par Me Sasseville après que le commissaire Alain Turcotte eut refusé, mercredi, d'imposer une ordonnance de non-publication dans la cause reliée à la syndicalisation des dépanneurs de la chaîne Couche-Tard.

L'avocat avait sollicité cette ordonnance la veille à la suite du témoignage de la conseillère syndicale Sylvie Joly, qui était le premier témoin appelé par les avocats de la CSN.

Mardi matin, Mme Joly avait expliqué que la campagne de syndicalisation des dépanneurs Couche-Tard entreprise par la CSN en janvier 2011 avait été brusquement interrompue à la suite de la fermeture de deux succursales montréalaises —l'une syndiquée et l'autre en voie de l'être.

Après l'heure du lunch, constatant que les médias électroniques avaient déjà commencé à rapporter le contenu du témoignage de Mme Joly, Me Sasseville avait demandé une ordonnance de non-publication, plaidant que la diffusion des témoignages pourrait avoir une influence indue sur les suivants.

«Si on propage l'information quant au contenu (…), cela ne manquera pas d'influencer les prochains témoins», a fait valoir mercredi matin Me Sasseville au cours d'un exposé qui a duré près d'une heure.

Brandissant des versions imprimées de quelques articles de journaux parus mardi midi et mercredi matin, il a poursuivi en affirmant que cette «démarche de publication» lui semblait «risquée».

«Les faits sont publiés avant le contre-interrogatoire. Les lecteurs ont donc une version tronquée», a soutenu Me Sasseville.

L'un des avocats de la CSN, Me Éric Lévesque, estime que la partie patronale cherche essentiellement à museler ses détracteurs.

«On cherche à faire taire. Purement et simplement, à limiter la liberté d'expression», a-t-il lancé mercredi devant le commissaire.

«Il y a une telle disproportion entre ce qui est demandé et le problème qui a été soi-disant vécu que le tout laisse à penser qu'il y a une dérive et qu'on poursuit un autre objectif», a déclaré Me Lévesque qui, en septembre dernier, avait reproché à Couche-Tard d'être motivé par «un animus antisyndical».

L'avocat de la CSN a affirmé au commissaire qu'il avait l'intention de contester «vivement» le sursis et la demande de révision judiciaire.

La CSN réclame près d'un million $ pour chacun des groupes d'employés des magasins fermés.

Une somme additionnelle pour chacun des requérants est également réclamée afin de compenser une tentative d'entrave, de menace et d'intimidation.

Le syndicat reproche au président d'Alimentation Couche-Tard, Alain Bouchard, d'avoir présenté à tous les employés une vidéo dans laquelle on le voyait affirmer que les succursales ne pourraient soutenir les coûts d'un syndicat et qu'en présence d'un syndicat, tous les scénarios pouvaient être envisagés, y compris la fermeture.

À l'issue d'un discours qu'il prononçait mercredi à la tribune de l'Association des MBA du Québec, M. Bouchard a refusé net de répondre aux questions des journalistes sur la syndicalisation.

Il a justifié son mutisme par le fait que le litige se trouve entre les mains de la Commission des relations du travail. Il a aussi dit ne pas vouloir nuire aux négociations en cours entre la CSN et l'employeur pour la conclusion des premières conventions collectives.

Quelques dizaines de manifestants pro-syndicaux se sont fait entendre devant l'hôtel du centre-ville de Montréal où le pdg prenait la parole.

Deux militantes ont même réussi à interrompre brièvement son allocution en déployant devant lui une banderole sur laquelle on pouvait lire «se syndiquer est un droit».

Lors d'un court point de presse par la suite, M. Bouchard a dit regretter l'ouverture prochaine, par un «affilié», d'un dépanneur Provi-Soir à quelques coins de rue seulement d'un magasin Couche-Tard montréalais qui a fermé il y a 10 mois pour cause de «non-rentabilité». Cet établissement était en cours de syndicalisation.

«Honnêtement, si j'avais été informé de celui-là, qui a fait les manchettes, je ne l'aurais pas ouvert. Je l'ai appris par les journaux. Ce n'était pas une bonne idée. (Avoir su), on se serait retirés parce que c'est de la provocation inutile.»

Le dirigeant a assuré qu'il n'était pas indifférent à la vive polémique que suscite au Québec la réaction de Couche-Tard à la campagne de syndicalisation menée par la CSN.

«Bien sûr que je suis très sensible, voyons donc! a-t-il lancé. J'ai fondé cette compagnie-là il y a plus de 30 ans et j'en suis très fier. On a des employés extraordinaires.»

M. Bouchard a soutenu que la vaste majorité des travailleurs de Couche-Tard sont satisfaits de leurs conditions de travail, évoquant le prix que l'entreprise a obtenu l'an dernier dans le cadre du «Défi Meilleurs Employeurs», présenté notamment par Emploi-Québec et l'Ordre des conseillers en ressources humaines agréés.

L'action d'Alimentation Couche-Tard a clôturé à 30,49 $, en hausse de 59 cents, à la Bourse de Toronto, mercredi.