NOUVELLES

Marijuana: le Canada devrait revoir son projet de loi, selon Louise Arbour

29/02/2012 12:45 EST | Actualisé 30/04/2012 05:12 EDT

OTTAWA - La Commission mondiale sur la politique des drogues juge «très étrange» que le Canada adopte la ligne dure dans le dossier de la marijuana alors que plusieurs gouvernements occidentaux révisent cette approche dans la lutte contre les drogues.

Dans une lettre ouverte publiée mercredi, la commission, établie au Brésil, exhorte le premier ministre Stephen Harper à cesser sa croisade contre les drogues, une lutte qualifiée de «destructrice, onéreuse et inefficace».

L'ancienne juge de la Cour suprême du Canada Louise Arbour, l'ex-président du Brésil Fernando Cardoso, l'ex-présidente de la Suisse Ruth Dreifuss, et le fondateur du groupe Virgin, Richard Branson, figurent parmi les personnalités qui estiment que le Canada s'apprête à répéter les «mêmes erreurs graves commises dans d'autres pays».

«Le fait de construire d'autres prisons — une stratégie mise de l'avant pendant des années aux États-Unis dans sa vaine lutte contre les drogues —, ne fait qu'accroître le problème. Cela ne réduira pas la quantité de marijuana ni les niveaux de consommation, prévient-on dans la lettre.

«Au contraire, la jeunesse d'Amérique du Nord révèle aujourd'hui qu'elle a plus facilement accès à la marijuana qu'à l'alcool et aux cigarettes.»

La commission comprend des leaders mondiaux de différentes idéologies, dont George Shultz, ancien secrétaire d'État dans l'administration républicaine de Ronald Reagan, l'ex-président du Mexique Ernesto Zedillo et un ancien patron de la Réserve fédérale américaine, Paul Volker.

Les critiques de la commission visent directement le projet de loi omnibus sur la criminalité du gouvernement de Stephen Harper. Des modifications sont présentement apportées au projet de loi par le Sénat, à majorité conservatrice.

«En proposant, avec le projet de loi C-10, l'imposition de peines minimales obligatoires pour des délits mineurs liés à la marijuana, le Canada s'apprête à continuer de répéter les mêmes erreurs graves commises par d'autres pays, en plus de s'engager davantage dans une voie qui s'est avérée extrêmement destructrice et inefficace dans l'atteinte de ses objectifs», poursuit-on dans la lettre.

Une porte-parole de la commission, Ilona Szabo, a expliqué en entrevue que le Canada enverrait ainsi un message confus à la communauté internationale, qui considère le pays comme un pionnier dans l'application de politiques fondées sur des preuves tangibles.

«Il s'agit d'un message très étrange pour le Canada parce que cela reviendrait (...) à rejeter les faits et à adopter des politiques désuètes, beaucoup plus dommageables sur cette question», a déclaré Mme Szabo depuis Rio de Janeiro, au Brésil.

Elle a poursuivi en faisant valoir que plusieurs gouvernements de l'hémisphère nord revoient enfin leur approche sur les drogues, tandis que le Canada s'engage dans une voie diamétralement opposée.

Les multiples appels provenant de tous les horizons politiques n'ont toutefois pas réussi à faire fléchir le gouvernement, déterminé à serrer la vis aux contrevenants qui font le commerce illicite de marijuana.

Le ministre de la Justice, Rob Nicholson, a refusé par l'entremise de son cabinet de répondre à des questions concernant les arguments avancés par la commission. Une porte-parole du ministre a simplement indiqué que les nouvelles dispositions proposées visaient les trafiquants, «ceux qui exploitent la dépendance d'autrui pour leur profit personnel».

Du côté de la commission, on rétorque que des données de première main ont démontré que la criminalisation de la marijuana produit des marchés illégaux et violents. Selon le groupe de sages, de tels problèmes ne peuvent être résolus par des lois plus sévères.

PLUS:pc