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Déménagement du centre d'assurance-emploi de Rimouski: une enquête est ouverte

29/02/2012 04:21 EST | Actualisé 30/04/2012 05:12 EDT

OTTAWA - La commissaire aux conflits d'intérêts et à l'éthique du Canada a lancé une enquête sur les agissements du ministre Christian Paradis, en lien avec le déménagement possible d'un centre d'assurance-emploi de Rimouski à Thetford Mines, dans la circonscription du ministre.

Le député néo-démocrate de Rimouski-Neigette-Témiscouata-Les Basques, Guy Caron, a reçu la lettre de confirmation de la commissaire Mary Dawson mercredi après-midi.

Selon les faits rapportés par M. Caron, le centre d'assurance-emploi de Rimouski a été installé dans un édifice de Thetford Mines appartenant à une société dont le principal actionnaire, Ghislain Dionne, est un ex-associé de M. Paradis.

Le centre devrait être dorénavant situé dans l'une des rares circonscriptions québécoises à avoir été remportée par les conservateurs en mai 2011, soit celle de Mégantic-L'Érable.

Le NPD avait demandé vendredi dernier à Mme Dawson d'ouvrir une enquête sur cette apparence de conflit d'intérêts. Il était allégué dans la lettre que M. Paradis aurait effectué des représentations auprès de la ministre des Ressources humaines, Diane Finley, dans l'objectif de promouvoir le déménagement d'un centre d'assurance-emploi dans sa circonscription. Il y est aussi allégué que M. Dionne peut être considéré comme un ami de M. Paradis et qu'il est toujours associé dans un cabinet d'avocat avec le père du ministre.

Pour M. Caron, la décision de Mme Dawson démontre qu'il y a matière à enquête.

«S'il n'y avait pas eu d'apparence, évidemment elle aurait dit non, mais il y a effectivement apparence de conflit d'intérêts et nous sommes très heureux qu'elle ait pris cette décision», a-t-il déclaré en point de presse à sa sortie des Communes.

«Le gouvernement conservateur dit qu'il y a transparence et puis clairement, ce n'est pas le cas. Alors c'est pour ça qu'on a demandé une enquête sur ce qui était une possible implication, de laquelle monsieur Paradis s'est lui-même vanté auprès de son hebdomadaire local», a précisé M. Caron.

Selon lui, le déménagement affecterait les 37 employés du centre de Rimouski. Aucune raison n'a été donnée pour expliquer ce transfert, selon lui.

De plus, il calcule que ce déménagement va coûter 1,2 million $ aux contribuables car le bail des locaux de Rimouski est en vigueur jusqu'en 2018 et les locaux seront aux trois quarts vides.

Le ministère des Travaux publics et Services gouvernementaux avait expliqué qu'à la suite d'un processus compétitif, le site de Thetford Mines avait été retenu puisqu'il répondait aux critères et représentait la meilleure valeur pour le public.

Paradis contre-attaque

Outré des propos de M. Caron qu'il juge diffamatoires et sans fondement, le ministre Paradis vient tout juste de lui envoyer une mise en demeure, le sommant de se rétracter publiquement dans les 48 heures.

M. Paradis ne tolère pas que le député ait dit qu'il serait intervenu à des fins impropres et non légitimes pour avantager quelqu'un.

«C'est mesquin, c'est petit. Il porte atteinte à ma réputation», a affirmé M. Paradis en entrevue avec La Presse Canadienne.

«Il y a des limites à se laisser traîner dans la boue», a lancé M. Paradis, visiblement irrité, pour justifier l'envoi de sa mise en demeure.

Le ministre dit avoir appris de La Presse Canadienne mercredi après-midi qu'une enquête de la commissaire à l'éthique avait été lancée sur ses agissements, et cela, après avoir envoyé sa mise en demeure.

Mais cette enquête ne l'inquiète pas.

«Cela me fera un forum de plus pour me défendre», a-t-il lancé, tout en ajoutant que celle-ci «ne va pas venir légitimer les propos diffamatoires de M. Caron».

Quant à Guy Caron, il n'a pas l'intention de se rétracter.

«Je défends les intérêts de mes commettants», a-t-il affirmé lors d'une seconde entrevue plus tard mercredi après-midi. Il a maintenu que cette affaire a «une forte apparence de conflit d'intérêts».

Pour justifier ses allégations, il a souligné que c'est le ministre Paradis lui-même qui aurait affirmé à un journal local, le Courrier Frontenac, avoir fait des représentations auprès de la ministre Finley.

La mise en demeure indique que faute de rétractation, il pourrait y avoir des recours judiciaires, a confié le député néo-démocrate.

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