NOUVELLES

«107 000 victimes de l'amiante par année»: l'industrie veut que l'OMS le prouve

29/02/2012 03:02 EST | Actualisé 30/04/2012 05:12 EDT

MONTRÉAL - L'industrie canadienne de l'amiante demande l'aide d'Ottawa pour contester une estimation de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) selon laquelle des maladies liées au controversé minerai tuent chaque année plus de 100 000 personnes sur la planète.

Cette évaluation est une source majeure d'irritation pour l'industrie puisqu'elle est souvent citée par les gens qui s'opposent à l'exploitation de l'amiante à cause des risques qu'elle présente pour la santé.

Le président de la mine Jeffrey, à Asbestos, croit pour sa part que l'estimation de l'OMS, une agence de l'ONU, est exagérée et non fondée.

«Où sont ces morts? Nommez-moi au moins une dizaine de ces morts», a lancé Bernard Coulombe en entrevue téléphonique avec La Presse Canadienne. «C'est absolument fantaisiste.»

M. Coulombe a déploré que l'OMS n'ait pas répondu à ses demandes répétées pour dévoiler les détails de ses études. Mais l'organisation ne transige qu'avec les gouvernements de ses États membres, pas avec l'industrie.

Pour obtenir des réponses, il a indiqué qu'il demanderait l'intervention du gouvernement fédéral dans ce dossier, pour qu'Ottawa presse l'agence basée à Genève de fournir les données scientifiques ayant mené à cette conclusion.

«Cette mauvaise publicité nous nuit énormément en tant qu'entreprise», a affirmé l'homme d'affaires, qui a été contraint d'arrêter la production de sa mine il y a quelques mois en raison de problèmes financiers.

La mine Jeffrey était l'une des deux dernières au Canada à produire de l'amiante lorsqu'elle a suspendu ses activités l'an dernier. L'autre mine a depuis fermé, mais certains défenseurs du minerai espèrent qu'elle rouvrira aussi sous peu.

Bernard Coulombe essaie depuis des mois de réunir des investisseurs afin d'obtenir une garantie de prêt de 58 millions $ de la part du gouvernement du Québec pour relancer sa mine.

Mais des médecins et des activistes de partout sur la planète militent pour que le Canada mette un terme définitif à l'exploitation de l'amiante sur son territoire et, surtout, à ses exportations.

Ils soutiennent que les risques que présente le minerai pour la santé sont transférés aux pays pauvres qui l'importent et où les normes en matière de sécurité sont moins rigoureuses.

Un spécialiste de l'OMS a fait savoir que l'agence s'en tenait à son estimation selon laquelle les maladies liées à l'amiante, incluant notamment certaines formes de cancer du poumon, entraînent la mort de plus de 107 000 personnes chaque année à travers le monde.

Ce nombre concerne plus particulièrement les personnes qui sont exposées au minerai sur leur lieu de travail.

Ivan Ivanov, un chef d'équipe pour la division de la santé publique et de l'environnement de l'OMS, a révélé que l'estimation était basée sur des résultats de recherches scientifiques déjà publiés.

Il n'était toutefois pas en mesure de fournir davantage de renseignements parce qu'il attendait une explication détaillée de la part d'un épidémiologiste de l'OMS à ce sujet.

M. Ivanov a insisté sur le fait qu'il s'agissait d'une estimation scientifique et non d'un décompte exact.

«Ce nombre ne provient pas d'une liste de 107 000 personnes décédées l'année dernière», a-t-il indiqué dans une interview téléphonique depuis Genève.

L'expert a affirmé que toutes les sortes d'amiante, même à des niveaux de concentration très bas, pouvaient causer le cancer.

Il a ajouté que l'objectif de l'OMS était de convaincre les pays d'arrêter d'utiliser tous les types d'amiante, y compris sa variété canadienne appelée chrysotile.

Au Canada, l'industrie a souvent assuré que la chrysotile n'était pas aussi dangereuse que les autres formes d'amiante et que les conditions de sécurité pour les travailleurs s'étaient beaucoup améliorées.

Cette affirmation n'impressionne pas Ivan Ivanov.

«L'industrie est prête à avancer n'importe quel argument pour réfuter les données qui ne lui plaisent pas», tranche-t-il. «Peu importe les chiffres que l'OMS publie, il y a des gens qui les aiment et d'autres qui ne les aiment pas.»

Selon M. Ivanov, si Ottawa, qui a souvent défendu le secteur de l'amiante, exige une réponse officielle sur l'estimation, l'OMS lui en fournira une.

Le gouvernement fédéral n'a pas immédiatement donné suite aux demandes de La Presse Canadienne à savoir s'il comptait communiquer avec l'OMS au nom de l'industrie.

PLUS:pc