Un cellulaire lié aux appels frauduleux a appelé l'entreprise engagée par le PC

Première Publication: 28/02/2012 17:04 Mis à jour: 2/03/2012 10:59

Robocalls Scandal
Le téléphone cellulaire jetable a été obtenu sous le nom d'un certain Pierre Poutine, résident de la rue Séparatiste à Joliette. (Photo Archives)

OTTAWA - Les liens s'accumulent entre les conservateurs et l'entreprise de télémarketing RackNine qui est associée aux appels téléphoniques frauduleux faits lors de la dernière campagne électorale.

Des documents de la cour provenant d'une enquête d'Élections Canada — et obtenus par Postmedia News — démontrent par ailleurs qu'un téléphone cellulaire jetable, obtenu sous le nom fictif de Pierre Poutine, résident de l'inexistante rue Séparatiste à Joliette, a été utilisé pour faire des appels trompeurs dans la circonscription de Guelph, en Ontario.

Des Ontariens de ce secteur ont reçu des appels téléphoniques — en provenance du code régional 450 — les dirigeant vers un faux bureau de vote. Empêcher les citoyens de voter est un acte illégal, selon la loi électorale.

Cette révélation a donné des munitions à l'opposition lors de la période de questions, mardi, alors qu'elle était déjà chauffée à bloc. Les partis d'opposition craignent que ces manoeuvres aient eu un impact sur les résultats du vote du 2 mai. Plusieurs dizaines d'autres circonscriptions ont été visées par des appels trompeurs, mais cette enquête d'Élections Canada qui a donné lieu à la production des relevés téléphoniques se concentre sur le comté de Guelph.

Élections Canada aurait déterminé que le numéro à l'origine des appels à Guelph était bel et bien celui de «Pierre Poutine». Selon les documents de la cour, ce même numéro aurait aussi appelé l'entreprise RackNine à deux reprises, soit le 30 avril et le 1er mai, à la veille du jour du vote.

Celle-ci aurait été engagée par diverses campagnes conservatrices — dont celle de Stephen Harper — pour faire des appels, notamment pour inciter les supporters conservateurs à aller voter, expliquent des représentants du parti.

Les relevés téléphoniques feraient aussi état de 31 appels entre le bureau du candidat conservateur de Guelph, Marty Burke, et RackNine, entre les mois de mars et de mai 2011. De plus, 41 autres appels auraient été faits entre des bureaux conservateurs de la région d'Ottawa et RackNine, rapporte Postmedia News, des informations utilisées en Chambre par l'opposition pour attaquer le gouvernement.

«Ils (les conservateurs) ont des explications à fournir au sujet de ces appels», a lancé le chef intérimaire du Parti libéral, Bob Rae.

Il n'a pas encore été démontré que le Parti conservateur ou la campagne conservatrice ont demandé à RackNine — ou à une autre entreprise — de faire ces appels trompeurs. Tout au plus, ces relevés démontrent qu'il y a des liens et des appels entre des conservateurs et cette entreprise, dont les services sont légaux.

Quant à l'entreprise RackNine, elle a confirmé que quelqu'un a utilisé son service pour faire les appels trompeurs. Mais elle insiste qu'elle n'a rien fait de mal et qu'elle collabore pleinement à l'enquête d'Élections Canada et à celle de la police.

Le premier ministre Stephen Harper, pour une rare fois visiblement exaspéré lors de la période de questions, a qualifié les attaques de l'opposition de «calomnies» et de «campagne de salissage» contre des députés conservateurs.

Les conservateurs nient d'ailleurs toute implication dans ce stratagème d'appels et renvoient la balle à l'opposition, soulignant qu'elle n'a aucune preuve pour étayer ses attaques.

C'est pourquoi les partis d'opposition ont exigé mardi que les conservateurs mettent cartes sur table et produisent les contrats entre leurs différents membres et l'entreprise de télémarketing visée.

«Le téléphone cellulaire (de Pierre Poutine) est relié avec RackNine, RackNine est relié avec les conservateurs. C'est pas à nous à fournir les preuves, c'est aux conservateurs à faire la lumière là-dessus (...) et c'est un élément de plus dans le dossier par rapport à hier et avant-hier et ça s'accumule», a expliqué le néo-démocrate Alexandre Boulerice.

Le Nouveau Parti démocratique (NDP) a aussi demandé mardi qu'il y ait une enquête publique sur toute cette affaire.

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) et Élections Canada ont déjà entrepris leurs propres investigations sur ce présumé scandale.

Appels au Québec?

Le Québec ne semble pas avoir été épargné par les appels frauduleux, bien qu'aucune preuve n'ait été amenée jusqu'à présent pour le démontrer clairement.

Le libéral Francis Scarpaleggia a confié à sa sortie de la période de questions aux Communes que sa circonscription aurait elle aussi été victime du stratagème. Au moins une dizaine de personnes se seraient plaintes à son bureau de campagne d'appels les informant du déménagement de leur lieu de scrutin.

«Il y aurait eu une confusion dans un bureau de scrutin, même le jour du vote, selon mes bénévoles qui travaillaient sur les lieux ce jour-là. Les gens qui venaient de voter continuaient de poser des questions à savoir s'ils étaient dans le bon endroit pour voter», a-t-il expliqué.

Les conservateurs avaient déployé beaucoup d'efforts dans son comté de Lac-Saint-Louis aux dernières élections en y présentant un candidat vedette, l'ex-président des Alouettes de Montréal, Larry Smith.

La députée du Bloc québécois Maria Mourani croit que des comtés bloquistes auraient pu être ciblés, même si rien n'est clair, pour le moment. «On a juste encore des suppositions, des allégations. On a des informations qui viennent, mais on n'aboutit pas encore à pouvoir porter des accusations (...). Il faut vraiment qu'il y ait une enquête», a-t-elle indiqué.

Le NPD travaille quant à lui à valider une information sur des appels frauduleux qui pourraient avoir été faits dans le comté bloquiste de Bas-Richelieu—Nicolet—Bécancour.

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Publié par Patrick White  |