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SNC connaît une journée noire: enquête, baisse des profits et chute en Bourse

28/02/2012 09:38 EST | Actualisé 29/04/2012 05:12 EDT
PC

MONTRÉAL - SNC-Lavalin a connu une journée noire, mardi, son action dégringolant de plus de plus de 20 pour cent après l'annonce d'une série de mauvaises nouvelles, y compris une enquête sur des versements irréguliers de 35 millions $.

Le titre a clôturé à 38,43 $ mardi, en baisse de 9,94 $, à la Bourse de Toronto. Pas moins de 7,3 millions d'actions ont changé de mains. En cours de séance, le titre a même atteint un plancher de 36,56 $. Il faut remonter au printemps 2009 pour retrouver un cours aussi bas.

Mardi matin, le géant montréalais de l'ingénierie a annoncé que son conseil d'administration enquêtait sur des versements de 35 millions $, faits au quatrième trimestre de 2011, qui ont été incorrectement comptabilisés.

En fait, les versements ont été imputés à des projets de construction «auxquels ils ne se rapportaient pas», a révélé SNC mardi dans un communiqué, en refusant de donner plus de détails.

La CBC a rapporté mardi que ces paiements sont liés aux projets de SNC-Lavalin en Libye. Selon le diffuseur public, l'enquête a débuté en décembre après la réception, par SNC, d'une lettre de dénonciation anonyme faisant état de pratiques criminelles non prouvées comme le versement de pots-de-vin. Il aurait également été question de transfert d'argent de SNC-Lavalin vers les membres de la famille du dictateur déchu Mouammar Kadhafi par le truchement de sociétés fictives.

«La société collabore avec ses auditeurs (vérificateurs) externes et ses conseillers juridiques externes pour régler toutes les questions relatives à l'enquête afin de permettre aux auditeurs de présenter leur rapport d'audit en temps opportun», a indiqué SNC dans le communiqué.

L'enquête sur les versements douteux force SNC-Lavalin à repousser la publication de ses résultats financiers du quatrième trimestre et de l'année 2011, qui devaient être communiqués vendredi. Ils doivent maintenant être rendus publics avant le 30 mars.

Chute des profits

Mais ce n'est pas tout: la firme a averti mardi que ses profits nets pour 2011 allaient être 18 pour cent inférieurs aux perspectives qu'elle avait dévoilées il y a à peine quelques mois. C'est 80 millions $ de moins que les 448 millions $ prévus.

Trois raisons expliquent cet écart majeur: les versements irréguliers de 35 millions $, qui doivent désormais être comptabilisés en charges, une perte d'environ 23 millions $ liée aux contrats de SNC en Libye et des coûts supérieurs aux attentes pour certains projets des secteurs des infrastructures, de l'environnement, des produits chimiques et du pétrole.

L'agence de notation DBRS a réagi en plaçant la cote de crédit de SNC-Lavalin «sous examen».

«Les plus récents développements pourraient indiquer de possibles lacunes dans les systèmes de gestion des risques et de suivi des projets, notamment pour les projets à l'étranger», a affirmé DBRS dans un communiqué, tout en reconnaissant que la situation financière de l'entreprise, qui possède des liquidités d'un milliard de dollars, demeure solide.

Au terme de son examen, DBRS pourrait maintenir ses perspectives «positives» à l'endroit de SNC ou les abaisser à «stables». Dans le pire des scénarios, c'est-à-dire si on découvrait des «problèmes généralisés» dans la gestion des risques, l'agence pourrait réduire la cote de l'entreprise, qui est actuellement de BBB.

«Les allégations au sujet de l'implication de SNC avec Saadi Kadhafi (l'un des fils de l'ex-dictateur) et d'autres éléments ont terni l'image de l'entreprise», a pour sa part souligné l'analyste Neil Linsdell, de Versant Partners, dans une note.

«Les investisseurs vont vraisemblablement attendre le résultat des enquêtes avant de retrouver de l'intérêt pour le titre», a-t-il ajouté.

SNC-Lavalin risque de subir les contrecoups de ses liens avec la Libye pendant encore quelque temps, a quant à lui estimé Gareth Tingling, de Macquarie Equities Research.

«Nous craignons maintenant que les événements de 2011 puissent nuire à la capacité de SNC de décrocher des contrats en 2012 et même au-delà», a-t-il écrit.

À l'instar de plusieurs autres des analystes qui suivent SNC-Lavalin, MM. Tingling et Linsdell ont réduit mardi leur cours-cible pour l'action de l'entreprise.

Plus tôt ce mois-ci, SNC-Lavalin a annoncé le départ de deux vice-présidents, Riadh Ben Aïssa et Stéphane Roy. M. Aïssa, qui dit avoir démissionné de son poste de son plein gré après 27 ans chez SNC, menace de poursuivre l'entreprise, soutenant que les «insinuations trompeuses quant à son départ» ont porté atteinte à sa réputation.

L'enquête de CBC a par ailleurs révélé récemment que SNC-Lavalin a retenu les services d'une consultante, Cyndy Vanier, afin d'en savoir plus sur la situation sur le terrain en Libye. Cette dernière est actuellement emprisonnée au Mexique, où elle est soupçonnée d'avoir tenté de faire entrer des membres de la famille Kadhafi.

En 2010, SNC-Lavalin a tiré 6,6 pour cent de son chiffre d'affaires de la Libye, soit 418 millions $. Il y a un an, la multinationale a toutefois dû retirer de son carnet de commandes tous ses contrats libyens, dont la valeur totalisait pas moins de 934 millions $.

Parmi ceux-ci, on comptait un projet fort controversé de prison ainsi que d'autres pour la construction d'un aéroport et d'une rivière artificielle.

L'entreprise espère toujours terminer ces contrats malgré l'arrivée au pouvoir de l'opposition en Libye.