DIVERTISSEMENT

Polisse arrive dans les salles du Québec

28/02/2012 10:13 EST | Actualisé 29/04/2012 05:12 EDT

MONTRÉAL - Après avoir remporté le grand prix du jury à Cannes et gagné deux statuettes vendredi dernier aux César, le long métrage «Polisse» débarque au Québec. Un film cru, dur, mais surtout, criant de vérité sur les enfants, ceux qui leur font violence et ceux qui tentent de réparer les pots cassés.

Dans ce long métrage qui a fait courir plus de 2,3 millions de cinéphiles en France, la réalisatrice Maïwenn Le Besco — qui se fait appeler seulement par son prénom — s'attaque de front aux sujets corsés que sont la pédophilie, l'inceste, la violence et l'abandon.

«Le film nous laisse voir la terrible incommunicabilité du monde des enfants et de celui des adultes», a exposé l'actrice Marina Foïs à l'autre bout du fil depuis Zurich.

«Ce sont deux mondes qui sont indispensables l'un à l'autre, et pourtant, il ne suffit pas d'être indispensable les uns aux autres pour se faire du bien, il ne suffit pas d'aimer pour aimer bien et on se rend compte qu'au fond, ce sont deux mondes qui communiquent très mal», a poursuivi celle qui a vécu le premier tournage de sa carrière au Québec sur le plateau de la série télévisée «Shehaweh».

Marina Foïs prête ses traits au personnage d'Iris, l'une des policières de la Brigade de protection des mineurs (BPM), un groupe avec lequel Maïwenn a partagé le quotidien pendant quelque temps afin de s'imprégner de l'atmosphère qui règne au sein de cette division, présentée dans le film comme le parent pauvre des services policiers parisiens.

«Je voulais transmettre seulement ce que j'ai vu, quelque chose de très collé à la réalité, sans émettre aucun jugement, que ce soit sur les policiers, les victimes, mais aussi les agresseurs. Je ne voulais pas du tout donner de message», a affirmé Maïwenn lors de son passage à Montréal en novembre dernier.

Pendant la tournée de promotion du film, sorti en octobre dans les salles de cinéma en France, la réalisatrice a rabroué à quelques reprises des journalistes qui ont prononcé les termes «documentaire» et «docu-fiction» pour qualifier son oeuvre.

«Il n'y a aucune approche documentaire. C'est totalement injuste qu'on dise que c'est du docu. À partir du moment où les acteurs jouent très très bien, tout de suite, on dit que c'est du docu. Non. C'est beaucoup de travail que de faire croire que c'est vrai», a-t-elle plaidé.

Et de toute façon, la chose est loin de l'intéresser. «Ah non, pas du tout, a-t-elle tranché. Moi, j'aime la mise en scène, j'aime diriger des acteurs, j'aime la musique... et puis dans les documentaires, tout est flouté!»

«Polisse» met en scène des personnages évoluant dans un univers qui n'est pas sans rappeler celui de la série télévisée québécoise «19-2». Un univers peuplé de pédophiles, de parents inaptes et d'adolescents impliqués dans de sordides histoires de chantage à caractère sexuel. Tous des écorchés vifs dont les cas échouent sur les bureaux de flics dévoués dont la vie personnelle est complètement dysfonctionnelle.

Comme l'a découvert Maïwenn pendant son stage, les agents de la BPM sont unis par quelque chose qu'ils ne peuvent partager dans leurs familles, une intimité qui les lie entre eux et qui les divisera quand une situation, aussi banale soit-elle, devient insupportable.

La scène de la violente dispute qui éclate entre les partenaires Iris et Nadine, personnage campé par l'actrice Karin Viard, est un exemple éloquent de cette solidarité à double tranchant.

La longue prise de bec met en scène deux actrices qui sont très proches dans la vie. «Je peux dire que j'ai eu un vrai plaisir de voir Karin se mettre dans cet état-là (...) il y avait une petite partie de moi qui la voyait jouer ça, et je jubilais de la voir jouer cette violence que je ne lui connais pas dans la vie», lance Marina Foïs, qui a tourné trois fois avec Maïwenn.

Pour Karin Viard et quelques acteurs qui tiennent l'affiche dans «Polisse» — JoeyStarr et Karole Rocher —, il s'agissait d'une seconde expérience sous la houlette de la réalisatrice âgée de 35 ans qui savoure, grâce à ce dernier long métrage, un premier vrai succès au guichet. Elle avait auparavant signé des films plus personnels comme «Pardonnez-moi» (2006) et «Le bal des actrices» (2009).

«C'est nouveau dans la tête des gens, cette image de moi, s'est-elle réjouie. Mon premier film a eu un succès d'estime, le deuxième a eu un succès intime et là, c'est la première fois que je vis un carton.»

Les Français ont eu, pendant des années, une image assez sulfureuse de Maïwenn, dont la vie personnelle a souvent défrayé les manchettes. Son enfance trouble (au cours de laquelle elle a dit avoir été traînée malgré elle sur les plateaux de tournage par sa mère et maltraitée par son père), son mariage à l'âge de 16 ans avec le célèbre producteur Luc Besson, la dépression qui a suivi sa rupture d'avec Besson, qui était tombé sous le charme de Milla Jovovich sur le plateau du film «Le cinquième sens» (dans lequel Maïwenn jouait aussi)... les médias de l'Hexagone en ont fait leurs choux gras.

Mais avec la sortie de ce film, Maïwenn s'impose vraisemblablement de façon solide dans le paysage du cinéma français pour ses qualités de réalisatrice.

«Une douée pareille, ça se surveille», a écrit un journaliste de l'Express dans sa critique du film «Polisse» en octobre.

Le film prend l'affiche au Québec le 2 mars.