NOUVELLES

Un employé libéral était à l'origine des fuites sur le ministre Vic Toews

27/02/2012 03:40 EST | Actualisé 28/04/2012 05:12 EDT

OTTAWA - C'est un employé du Parti libéral du Canada (PLC) qui est à l'origine des fuites sur la vie personnelle du ministre Vic Toews qui ont été publiées sur le microblogue Twitter, a reconnu lundi le chef intérimaire du PLC.

Bob Rae a fait cette révélation à la Chambre des communes, peu après la période des questions.

L'admission a eu l'effet d'une bombe sur la Colline parlementaire.

L'employé en question, Adam Carroll, a présenté sa démission lundi matin au chef libéral. Il travaillait au bureau de recherche du PLC.

C'est une enquête interne de la Chambre des communes qui a permis de déterminer l'identité de l'employé.

Contrit, Bob Rae a présenté personnellement ses excuses au ministre de la Sécurité publique, Vic Toews.

Il y a deux semaines, le ministre avait été victime d'attaques sur Internet après avoir défendu les dispositions du projet de loi C-30 sur la surveillance d'Internet. Les attaques ont pris plusieurs formes, mais c'est Vikileaks qui avait lancé le bal.

Sur ce compte Twitter appelé «Vikileaks30», un utilisateur alors anonyme avait diffusé des détails sur les procédures de divorce de M. Toews, pour protester contre C-30.

Le projet de loi inquiète de nombreux Canadiens parce qu'il permet aux autorités d'obtenir — sans mandat — des informations personnelles sur les utilisateurs d'Internet, comme leur nom, adresse courriel, numéro de téléphone et adresse IP.

L'idée derrière Vikileaks30 était de faire goûter à M. Toews sa propre médecine: puisque la loi proposée permettrait aux autorités de se mettre le nez dans la vie personnelle des citoyens, le créateur du site souhaitait démontrer au ministre à quel point le non-respect de la vie privée pouvait être désagréable.

Une recherche avait permis de déterminer que les messages de ce compte avaient été envoyés à partir de l'édifice du Parlement.

Le ministre des Affaires étrangères, John Baird, avait alors accusé le Nouveau Parti démocratique (NPD) d'être derrière les attaques de Vikileaks. Il s'est à son tour excusé en Chambre lundi, avec un sourire narquois, auprès des néo-démocrates et a dit retirer ses propos.

La révélation de l'implication d'un employé politique libéral est survenue peu après que Vic Toews se soit levé en Chambre pour se plaindre du fait qu'un ordinateur du Parlement ait été utilisé pour l'attaquer de cette façon, et ait demandé que le président détermine si cette activité constitue un outrage au Parlement.

Bob Rae a alors dit prendre la responsabilité pour cette affaire.

«Attaquer quelqu'un pour sa vie politique, c'est la vie, c'est la vie que nous vivons. Mais attaquer quelqu'un pour sa vie privée, pour moi, ça n'est jamais approprié», a-t-il dit en point de presse, après sa déclaration aux Communes.

Il a affirmé que M. Carroll s'est longuement excusé. Il a ajouté qu'il était un employé gentil et travaillant qui avait commis une réelle erreur de jugement.

«L'employé impliqué m'a avisé de ce qu'il avait fait et il s'est excusé. Il regrette tout embarras qu'il ait pu causer et il m'a remis sa démission. Étant donné les circonstances, je l'ai acceptée», a indiqué M. Rae.

Il croit que le Parti libéral aura toujours l'autorité morale de s'attaquer aux tactiques douteuses des conservateurs, même après la révélation de lundi.

«Il y a des cailloux sur toutes les routes. Il y a des exemples où on ne fait pas de bonnes choses et j'ai offert mes excuses à M. Toews, mais on va continuer sur la question de ce qui est arrivé avec l'élection et avec le sujet de C-30», a fermement indiqué le chef libéral.

Pour sa réaction et ses excuses, Bob Rae s'est attiré les éloges de certains collègues de la Chambre, comme le néo-démocrate Peter Julian. «Bob Rae a démontré de la classe en acceptant la démission de cet employé et pour ses excuses», a-t-il écrit sur Twitter. Mais il a été moins tendre envers John Baird, se disant «déçu» de ses excuses «à contrecoeur».

Pour Vic Toews, l'affaire n'est toutefois pas close. Il dit accepter les «excuses sincères» de M. Rae, mais montre du doigt certains libéraux, sans les nommer.

«Il y avait des membres du Parti libéral qui ont activement encouragé l'utilisation de Vikileaks30 et ont continuellement fait la promotion de ce site», a-t-il déclaré en Chambre, pour ensuite demander au président de la Chambre de poursuivre son enquête.

Se sentant peut-être visé, le député Justin Trudeau a jugé bon de préciser sur Twitter que même s'il avait relayé de l'information au sujet de Vikileaks30 sur son propre compte, il n'approuvait pas la tactique.

Le néo-démocrate Jack Harris espère que les conservateurs ont eu une leçon avec leurs accusations sans fondements envers son parti.

«C'est une très mauvaise chose de faire ce genre d'accusations, clairement sans aucune preuve, et il est très regrettable que la vie publique ait changé de cette façon», a-t-il dit.

PLUS:pc