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Oscar: Avec cinq prix chacun,«L'artiste» et «Hugo» signent un match nul

27/02/2012 12:40 EST | Actualisé 27/04/2012 05:12 EDT

BEVERLY HILLS, États-Unis - La lutte annoncée entre «L'artiste» et «Hugo» s'est soldée par un match nul, dimanche soir, lors de la 84e cérémonie des Oscar. Tandis que le premier a raflé cinq statuettes dorées dans les catégories artistiques — dont celles du meilleur film, du meilleur acteur et de la meilleure réalisation —, le second a remporté autant de trophées, mais surtout pour ses qualités techniques.

En fait, c'est la culture française qui a été la grande gagnante de la soirée. «L'artiste», production française soutenue par notamment des intérêts américains, et «Hugo», film-hommage au cinéma de Georges Méliès, ont mérité à eux deux près du tiers des trophées qui ont été remis à Beverly Hills.

«L'artiste» est devenu le premier film muet à recevoir l'Oscar depuis «Wings», qui avait été primé lors de la toute première cérémonie en 1929.

«Je suis le réalisateur le plus heureux au monde en ce moment», a lancé Michel Hazanavicius en acceptant son prix.

Peu de temps après, c'était au tour de son compatriote Jean Dujardin de gravir les marches. L'acteur français laissera lui aussi sa marque dans les livres d'histoire, puisqu'il est le premier représentant de l'Hexagone à repartir avec l'Oscar du meilleur acteur sous les bras.

«Ouais! J'aime votre pays», a lancé celui qui, vendredi dernier, avait échappé un César dans la même catégorie.

«Ah, putain, génial! Merci, merci beaucoup, je vous aime», s'est-il écrié lorsqu'il a détaché ses yeux de sa feuille de notes. Les censeurs des Academy Awards n'y ont vu que du feu.

Quelques minutes plus tard, Meryl Streep réalisait elle aussi un exploit en complétant un tour du chapeau. En venant cueillir la statuette de la meilleure actrice grâce à son interprétation de Margaret Thatcher dans le film «La dame de fer», elle mettait la main sur un troisième Oscar en carrière. L'actrice avait été récompensée en 1980 pour son rôle de soutien dans «Kramer contre Kramer» et trois ans plus tard pour son rôle principal dans «Le choix de Sophie».

Le Canada moins chanceux

Les Canadiens en lice ont eu la main moins heureuse que les Français. Mais si «Monsieur Lazhar» a été coiffé au poteau par le film «Une séparation», le Canada a tout de même laissé sa marque: le Cirque du Soleil, qui avait concocté un numéro inédit pour cette soirée, a eu droit à une ovation monstre, et l'acteur Christopher Plummer a reçu sa première statuette dorée en carrière.

Le réalisateur Philippe Falardeau aura néanmoins gagné au jeu des prédictions, lui qui avait déclaré samedi à Cogeco Nouvelles que le réalisateur iranien Asghar Farhadi semblait captiver l'attention des gens d'Hollywood davantage et que son oeuvre méritait, à son avis, de repartir avec la précieuse statuette.

«Je dédie fièrement ce prix aux gens de mon pays, les gens qui respectent toutes les cultures et les civilisations et qui rejettent l'hostilité et le ressentiment», a déclaré M. Farhadi.

Sans grande surprise, M. Plummer a remporté l'Oscar du meilleur acteur de soutien pour son rôle dans «Les débutants». Il a coiffé au poteau les acteurs Kenneth Branagh («Une semaine avec Marilyn»), Jonah Hill («Moneyball: L'art de gagner»), Nick Nolte («Guerrier») et Max von Sydow («Extrêmement fort et incroyablement près»).

M. Plummer est devenu l'acteur le plus âgé à réaliser cet exploit. Jessica Tandy avait 80 ans lorsqu'elle a gagné l'Oscar de la meilleure actrice pour son premier rôle dans «Miss Daisy et son chauffeur» en 1990. Au cours des dernières semaines, l'acteur natif de Toronto avait remporté un Golden Globe, un prix au Screen Actors Guild et un BAFTA pour le même rôle.

«Lorsque je suis sorti de l'utérus de ma mère, je pratiquais déjà mon discours d'acceptation pour les Oscar», a lancé M. Plummer, qui a eu droit à une ovation bien sentie.

D'autres représentants du Canada, qui couraient la chance de gagner un Oscar dans la catégorie du meilleur court métrage d'animation, ont eu moins de chance. Les oeuvres «Dimanche» (Patrick Doyon) et «Une vie sauvage» (Amanda Forbis et Wendy Tilby) ont en effet été déclassées par une oeuvre américaine. La même chose s'est produite dans la catégorie de la meilleure musique: la trame composée pour le film «L'artiste» a été préférée à celle du film «Hugo», signée par le Torontois Howard Shore.

Pendant ce temps, «Hugo» multipliait les victoires dans les catégories techniques. Le film a été couronné dans cinq catégories (Meilleure direction artistique, Meilleure photographie, Meilleur montage sonore, Meilleur mixage sonore et Meilleurs effets visuels).

Et si «Hugo» a échappé l'Oscar du meilleur scénario adapté (qui a été décerné au trio d'auteurs ayant accouché du long métrage «Les descendants»), «L'artiste» a fait chou blanc dans la catégorie du meilleur scénario original. C'est Woody Allen, pour «Minuit à Paris», qui l'a emporté dans cette catégorie. Le New-Yorkais, peu friand des événements mondains, brillait par son absence.

Le gala a mis un certain temps à décoller, même s'il avait commencé sur des chapeaux de roues avec le numéro d'ouverture de Billy Crystal, qui avait présenté en chanson les neuf longs métrages en lice pour l'Oscar du meilleur film. Il s'agissait, pour l'acteur, d'un retour au bercail après huit ans d'absence à la barre des Academy Awards.

Le premier véritable moment d'émotion de la soirée est survenu un peu plus d'une demi-heure après le coup d'envoi des festivités, lorsque l'actrice Octavia Spencer est venue chercher son trophée pour son rôle de soutien dans «La couleur des sentiments». Ovationnée par l'assistance, elle a eu beaucoup de difficultés à contenir ses larmes pendant son discours de remerciements.

Mme Spencer a permis au long métrage «La couleur des sentiments», nommé dans quatre catégories, d'éviter le balayage.

Les artisans du film «Moneyball: L'art de gagner», qui avait reçu un total de six citations, sont quant à eux repartis bredouilles du Kodak Theater, que Billy Crystal a rebaptisé le «Chapter Eleven Theater», un clin d'oeil au chapitre 11 de la législation qui permet aux entreprises en difficultés financières — comme Kodak — de se placer sous la protection de la loi américaine sur les faillites.

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