L'affaire des appels frauduleux rebondit en Chambre

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Le chef intérimaire des libéraux Bob Rae a demandé la tenue d'un débat d'urgence à la Chambre des communes. (Photo PC)
Le chef intérimaire des libéraux Bob Rae a demandé la tenue d'un débat d'urgence à la Chambre des communes. (Photo PC)

(Radio-Canada,ca) - L'opposition a maintenu la pression sur le gouvernement dans l'affaire des appels automatisés lors de la reprise des travaux, lundi après-midi à Ottawa.

Rappelons que des électeurs ont signalé avoir reçu lors du dernier scrutin fédéral en 2011 des appels leur indiquant un changement de bureau de vote, alors que cela n'était pas réellement le cas. D'autres ont indiqué avoir reçu des appels partisans à répétition ou à des heures inappropriées.

Les attaques les plus incisives lundi à la Chambre des communes sont venues du Nouveau Parti démocratique.

« Ces appels illégaux étaient faits par une firme liée au Parti conservateur. L'objectif était clair : tromper les électeurs. C'est une tactique de bum, de goon, de voyou, digne de l'époque de Duplessis », a affirmé le député néodémocrate de Rosemont-Petite-Patrie, Alexandre Boulerice.

« Il s'agissait de décourager les électeurs de voter, de les brimer dans leur droit fondamental. Aucun ministre ni aucun député n'a fourni de l'information à ce sujet. Qui a payé pour ces appels, qui est responsable de ce stratagème dégoûtant? Est-ce que c'est un kid de 23 ans? Voyons donc. Qui est-ce que qui call les shots au Parti conservateur? », a demandé avec vigueur M. Boulerice, en faisant référence à Michael Sona, un employé du Parti conservateur a été congédié dans la foulée de l'enquête sur un stratagème d'appels frauduleux.

Le premier ministre Stephen Haper et d'autres députés conservateurs ont nié avoir pris par à de tels stratagèmes et ont répété que si les partis de l'opposition détenaient des informations au sujet de potentielles fraudes électorales, ils devaient les transmettre à Élections Canada, pour que l'organisme mène une enquête.

De son côté, le chef intérimaire du Parti libéral, Bob Rae, a soutenu que les conservateurs cachaient des informations au sujet des appels frauduleux.

« Il est difficile de croire le gouvernement. Le parti qui contrôle les renseignements pour RackNine, pour Campaign Research, [...] le parti au pouvoir qui comprend cela, qui contrôle les renseignements, il est en face de nous. Ce sont eux qui doivent fournir des renseignements. Quand le premier ministre va-t-il assumer une responsabilité personnelle pour ce qui s'est passé ? », a demandé M. Rae.

Stephen Harper a tenté de renverser la vapeur en défiant les libéraux de présenter des faits et en soutenant que des appels frauduleux ont aussi été effectués dans des circonscriptions qui étaient détenues par les conservateurs. Il considère les propos des députés libéraux comme des allégations vagues et très larges. Selon lui, il l'agit d'une vieille tactique du parti libéral que les Canadiens ont rejeté au dernier scrutin, en 2011.

« C'est le même Parti libéral à l'ancienne qui porte des allégations générales sans fondement. Si le Parti libéral a des renseignements, qu'il les donne à Élections Canada pour qu'ils puissent faire enquête », a dit M. Harper.

Il reste à savoir si Bob Rae ira de l'avant avec une demande de débat spécial au sujet des appels électoraux, comme il l'avait signifié samedi, et si le président de la chambre le lui accordera.

Le NPD demande quant à lui à Élections Canada et à la Gendarmerie royale du Canada d'enquêter sur l'affaire, qui pourrait impliquer, selon lui, des gestes « criminels ».

Des appels frauduleux dans plusieurs circonscriptions

CBC rapporte qu'au total, les partis de l'opposition relèvent 39 circonscriptions où auraient été menés de tels appels. Outre les allégations d'électeurs, un article publié lundi matin dans le Toronto Star livre les témoignages d'employés d'un centre d'appel de Thunder Bay, en Ontario.

Ces derniers disent que selon une note reçue du Parti conservateur, ils devaient faire des appels à des électeurs pour leur dire qu'Élections Canada avait changé l'adresse de leur bureau de vote. L'une des employés dit toutefois qu'elle et ses collègues ne pouvaient pas identifier de quelle allégeance politique étaient les électeurs appelés.

De son côté, le Parti conservateur dément toute implication dans un stratagème d'appels téléphoniques. Pour l'instant, le parti ne semble pas vouloir lancer d'enquête interne.

Le ministre de l'Industrie, Christian Paradis, ne croit d'ailleurs pas qu'un débat d'urgence en Chambre soit la solution adéquate. Il juge que l'affaire doit revenir aux institutions dont le mandat fondamental est de faire enquête, comme Élections Canada ou la GRC. « Qu'on laisse faire des enquêtes en bonne et due forme au lieu d'arriver à faire des débats politiques sous le couvert de l'immunité parlementaire et de salir des réputations avec n'importe quoi », a déclaré le ministre Paradis.

Christian Paradis juge toutefois que de telles pratiques sont condamnables et inacceptables, parce qu'illégales. Il ajoute que le Parti conservateur n'a rien à cacher, puisqu'il demande lui-même à Élections Canada d'enquêter sur les allégations.

En avril dernier, Élections Canada avait lancé une enquête afin de faire la lumière sur des cas de harcèlement téléphonique et d'appels frauduleux rapportés par des électeurs manitobains, ontariens et prince-édouardiens.

La GRC n'a pas confirmé avoir entamé sa propre enquête sur le sujet.

Écoutez-ici un appel-type de ces robots: http://soundcloud.com/david-james-hudson/fake-elections-canada-call

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