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Le référendum n'empêche pas la violence de se poursuivre en Syrie

26/02/2012 04:57 EST | Actualisé 26/04/2012 05:12 EDT

DAMAS, Syrie - Les quelque 14,6 millions d'électeurs syriens étaient appelés aux urnes dimanche pour un référendum sur le projet de nouvelle Constitution, censé apaiser la contestation dans le pays en mettant fin à la domination sans partage du parti Baas. Mais l'opposition a boycotté ce scrutin, dénonçant la répression meurtrière qui se poursuit après 11 mois de soulèvement contre le régime de Bachar el-Assad.

Selon des militants syriens des droits de l'Homme, au moins 29 personnes ont été tuées dimanche, pour la plupart à Homs, dans le centre du pays. Au moins 89 morts avaient été recensés par les militants pour la seule journée de samedi.

La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a qualifié dimanche le référendum en Syrie de "stratagème cynique", qui va servir de "justification" à Bachar el-Assad. Le ministre allemand des Affaires étrangères Guido Westerwelle y a vu une "farce", un "simulacre de scrutin" qui ne contribuera "pas à une résolution de la crise". Assad doit "enfin mettre un terme à la violence et laisser place à une transition politique", a-t-il souligné.

Le référendum était organisé dans plus de 14 000 bureaux de vote à travers le pays, qui ont ouvert à 7h et devaient fermer 12 heures plus tard. La participation s'annonçait minimale à Homs et dans les autres régions les plus troublées, comme la province d'Idlib (nord-ouest) et dans la région de Deraa (sud), où des affrontements ont régulièrement lieu entre les forces de sécurité et les insurgés.

Le fils d'Hafez el-Assad avait annoncé le 15 février ce référendum sur le projet de nouvelle Constitution qui permet, du moins en théorie, une ouverture du système politique du pays.

Ce texte s'inscrit dans le cadre des réformes promises par le régime alaouite face à la contestation qui dure depuis 11 mois. Le nouveau texte instaure un système multipartite en Syrie, gouvernée par le parti Baas depuis un coup d'Etat en 1963. Il limite par ailleurs à deux le nombre de mandats présidentiels, d'une durée unitaire de sept ans.

Les deux principales organisations regroupant des mouvements d'opposition, le Conseil national syrien et le Comité de coordination pour le changement national et démocratique, ont appelé à boycotter le scrutin. Elles expliquent ne pas pouvoir de contenter de réformes cosmétiques et réclament le départ du président syrien.

A Damas, la capitale où le chef de l'Etat garde des soutiens parmi les minorités religieuses et les milieux d'affaires, beaucoup assuraient être impatients de voter. La présence d'accompagnateurs gouvernementaux avec les journalistes étrangers, chaperonnés par le ministère de l'Information, n'incitait cependant pas les personnes interrogées à s'exprimer librement.

"C'est une bonne Constitution. Elle prévoit le pluralisme politique et le président ne peut garder que le poste que pendant deux mandats. Cela n'existait pas dans le passé", expliquait Mohammed Diab, un fonctionnaire de 40 ans qui attendait, avec quatre autres personnes, devant un bureau de vote du faubourg huppé d'Abu Roummaneh.

"Je suis là pour dire 'oui' à la nouvelle Constitution. Ce n'est pas le moment de dire 'non'. Les gens doivent s'unir", confiait Jaafar Naami, 28 ans, employé d'une compagnie d'assurances.

Les électeurs étaient moins nombreux dans les quartiers de Roukneddine et de Barzeh où des manifestations contre le régime ont récemment eu lieu. A Barzeh, environ un cinquième des commerces étaient fermés, semble-t-il en réponse à l'appel de l'opposition à la grève générale.

Dans la capitale, des affiches exhortaient la population à se rendre aux urnes. "Ne tournez pas le dos au vote", proclamait l'une d'elles. Une autre, ornée du drapeau syrien, vantait la nouvelle Constitution sous le slogan "la Constitution syrienne: liberté de croyance", une référence à un article protégeant les minorités religieuses. Selon l'agence de presse officielle SANA, le président Assad et son épouse Asma ont voté dans la journée au siège de la radio-télévision d'Etat.

Pendant le scrutin, la répression s'est poursuivie. Des militants syriens ont signalé de nouvelles violences, notamment à Homs, bombardée sans arrêt depuis près d'un mois par les forces gouvernementales. Le Comité international de la Croix-Rouge, selon son porte-parole Hicham Hassan, n'a plus accès depuis vendredi au quartier de Baba Amr, où 27 personnes avaient pu être évacuées.

Les négociations engagées pour venir en aide aux nombreux autres blessés, dont les journalistes occidentaux Edith Bouvier et Paul Conroy, n'ont pas abouti jusqu'à présent. Pourtant, les besoins en vivres, médecins et médicaments "sont très urgents", a souligné dimanche M. Hassan. "Il est absolument crucial que nous puissions entrer pour évacuer les gens et apporter une aide vitale".

L'Observatoire syrien pour les droits de l'Homme ainsi que les Comités locaux de coordination rapportaient également de nouvelles violences à Idlib et dans la province de Deir el-Zour dans l'est du pays. Selon les Comités, les chars syriens ont pilonné Idlib.

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