POLITIQUE

Pensionnats autochtones: le système d'éducation peut permettre la rédemption

24/02/2012 05:26 EST | Actualisé 25/04/2012 05:12 EDT
PC

VANCOUVER - Le système d'éducation a servi de véhicule pour les violences et les abus envers les Autochtones du Canada, et il doit aujourd'hui être utilisé pour permettre leur rédemption, a déclaré vendredi le président de la Commission de vérité et réconciliation du Canada, qui a le mandat de découvrir ce qui s’est réellement passé dans les pensionnats autochtones.

Le juge Murray Sinclair, qui dirige la commission, a publié vendredi matin le rapport intérimaire du groupe.

Le document indique que la tragédie des pensionnats devrait être enseignée aux enfants et faire partie du matériel éducatif.

Pendant les audiences de la commission, le juge Sinclair a affirmé que les membres du comité avaient été renversés de constater qu'un grand nombre de Canadiens en connaissent très peu au sujet des Autochtones et de l'histoire des pensionnats.

«Le gouvernement canadien a utilisé le système d'éducation pour établir et créer la situation qui existe actuellement dans les communautés et les familles autochtones du pays», a déclaré le juge Sinclair.

«C'est également le système d'éducation qui a enseigné, ou évité d'enseigner aux Allochtones ce qu'ils savent aujourd'hui des Autochtones.»

M. Sinclair a ajouté croire que c'est ce même système qui peut permettre de revoir les informations véhiculées et de corriger le manque d'information.

Le juge a également demandé au gouvernement de mettre sur pied une campagne d'information afin d'éduquer les Canadiens sur ce triste épisode de leur histoire.

La Commission de vérité et réconciliation du Canada cherche à aider les membres des Premières Nations à «guérir» des blessures qu'ils ont subies dans les pensionnats, un système que le rapport qualifie d'«attaque» contre les enfants autochtones, leurs familles et leur culture.

Le document indique que les pensionnats étaient «souvent des lieux où la négligence à l'égard des enfants, les sévices et les agressions physiques et sexuelles, ainsi que la violence psychologique, étaient monnaie courante».

La commission conclut que de nombreuses générations d'enfants ont été «traumatisées» par ces agressions. Les jeunes Autochtones étaient parfois les victimes, parfois les témoins de la violence et, à d'autres occasions, «contraints de perpétrer des actes violents».

Environ 15 000 enfants autochtones ont été envoyés de force dans les pensionnats. Le premier pensionnat canadien a été ouvert dans les années 1870 et le dernier a été fermé en 1996.

La commission formule 20 recommandations dans son rapport intérimaire. Parmi celles-ci, il y a la suggestion d'inclure l'histoire des pensionnats autochtones dans le matériel éducatif des écoles publiques du pays.

Le rapport demande également au gouvernement fédéral de distribuer un exemplaire des excuses officielles du premier ministre Stephen Harper aux survivants des pensionnats.

Il ajoute que ces excuses devraient être affichées et mises en évidence dans toutes les écoles secondaires du pays et livrées à chacun des survivants des pensionnats.

La rapport indique que les pensionnats ont nui aux relations au sein des familles autochtones, à la vie dans les communautés et aux liens avec les Allochtones.

Les commissaires arrivent à la conclusion que «les relations peuvent et doivent être rétablies» et qu'un changement dans les relations entre les Autochtones et le gouvernement doit être opéré.

Le rapport intérimaire a été publié, vendredi, à la moitié du mandat de cinq ans de la Commission de vérité et réconciliation du Canada. Le rapport final doit être déposé en 2014.

La commission a déjà entendu 25 000 témoignages de survivants des pensionnats, visité 500 communautés et écouté environ 100 déclarations d'anciens employés des écoles.

Le juge Sinclair a qualifié les actes commis dans ces écoles de «génocide».

En janvier, un survivant avait expliqué qu'il gardait ses cheveux courts lorsqu'il fréquentait le pensionnat afin que ses abuseurs aient plus de difficulté à attraper sa tête et à la frapper contre le mur.