La firme qui a généré des appels frauduleux est liée aux conservateurs

Telephone

Première Publication: 23/02/2012 12:46 Mis à jour: 23/02/2012 17:58

OTTAWA - Les liens entre les conservateurs et une entreprise téléphonique qui a émis des appels frauduleux lors des élections de 2011 pourraient bien plonger le parti de Stephen Harper dans l'eau chaude.

Une enquête d'Élections Canada a permis d'établir que la firme albertaine RackNine est à l'origine d'appels trompeurs visiblement destinés à décourager les électeurs libéraux à aller voter. Or, cette firme a été embauchée par de nombreux candidats conservateurs, dont le premier ministre lui-même. Si Stephen Harper nie toute malversation, l'opposition officielle demande malgré tout une enquête criminelle.

Lors de la dernière campagne électorale, plusieurs personnes ont reçu des appels téléphoniques automatisés les avisant que leur bureau de scrutin avait déménagé, alors que ce n'était absolument pas le cas.

D'autres ont reçu des appels de harcèlement tard la nuit ou aux petites heures du matin par des personnes prétendant être du Parti libéral, ce qui, encore une fois, était erroné.

Jeudi, Postmedia a dévoilé que l'entreprise à l'origine de ces appels automatisés était RackNine, une firme également embauchée par le Parti conservateur du Canada (PCC) pour la réélection de plusieurs de ses candidats, dont M. Harper lui-même.

Pourtant, le chef conservateur a soutenu qu'il ne savait rien au sujet de ces appels, mais que si quelqu'un avait «fait quelque chose d'inapproprié», il s'attendait à ce qu'elle fasse «face à toutes les conséquences de la loi».

D'Iqaluit, au Nunavut, où il faisait une annonce sur la scolarité des Autochtones, M. Harper a dissocié le cas de RackNine du stratagème illégal du «in and out» qui lui avait permis en 2006 de dépasser le plafond des dépenses électorales fixé par la loi.

«Ce sont des incidents différents. Pour le "in and out", on a fait selon ce qu'on croyait être les règles à l'époque. Dans ce cas-ci, on n'est pas au courant de ces appels. Ils ne font pas partie de notre campagne», a-t-il signalé.

Son parti a lui aussi voulu rapidement rectifier le tir par l'entremise d'un communiqué de presse qui assurait qu'il a mené «une campagne propre» et qu'il «ne tolérerait jamais de telles pratiques».

«Le Parti n’a jamais fait de tels appels, et si un membre d’une campagne locale est impliqué, il ne participera pas à une future campagne», a indiqué la directrice de campagne nationale pour 2011, Jenni Byrne. Elle a signalé que le fait de décourager les électeurs de voter «est extrêmement grave, et si quelque chose d’inapproprié s’est produit, les responsables devraient être traduits en justice.»

Cette réponse n'a pas satisfait le Nouveau Parti démocratique (NPD), qui a demandé à la Gendarmerie royale du Canada (GRC) de mener une enquête criminelle.

En conférence de presse, le néo-démocrate Robert Aubin a fait valoir qu'il était peu probable que les gens haut placés au PCC aient été tenus dans l'ignorance au sujet des appels.

«Vous connaissez la culture de contrôle qui existe au sein du parti conservateur. Est-ce qu'on peut vraiment imaginer une minute que ce soit là l'apanage d'un bénévole ou d'un dirigeant de campagne locale?», a-t-il demandé. «C'est clair que dans les hautes officines du Parti conservateur, on est tout à fait au courant de ce stratagème.»

Pour son collègue Pat Martin, l'effet de ces appels et de celui du «in and out» est important, mais impossible à comptabiliser de façon précise.

«Combinez ces deux choses ensemble et Dieu sait combien de comtés à travers le pays ils ont vraiment gagnés. Ou ont-ils triché de façon obtenir leur majorité mince comme un fil?», a-t-il lancé.

Selon le libéral John McCallum, ces tactiques auraient coûté au moins un siège à son parti, soit celui de Borys Wrzesnewskyj de la région de Toronto, qui n'a perdu que par quelques voix. «Ce que je peux conclure, c'est que certainement le parti qui a bénéficié de ces actions, c'est le Parti conservateur. Donc il me semble très probable que c'était un conservateur (à l'origine de ces appels)», a-t-il noté.

«Si c'était un conservateur qui n'avait pas l'approbation de son parti ou non, ça, on ne sait pas», a voulu nuancer le député de Markham—Unionville.

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Publié par Jean-Philippe Cipriani  |