Sénégal: la tension monte à quelques jours du scrutin

Première Publication: 21/02/2012 14:13 Mis à jour: 21/02/2012 14:13

Cheikh Bamba Dieye
Le candidat de l'opposition, Cheikh Bamba Dieye, s'adresse aux journalistes pendant une manifestation interdite. (AFP/SEYLLOU)

DAKAR, 21 février 2012 (AFP) - La police sénégalaise a dispersé mardi à coups de gaz lacrymogènes des opposants qui voulaient se rendre Place de l'Indépendance dans le coeur de Dakar, quadrillé par la police, où devait se tenir une manifestation contre le président Abdoulaye Wade, a constaté l'AFP.

C'est dans cette atmosphère tendue que l'ex-président nigérian Olusegun Obasanjo doit arriver en fin de journée.

M. Obasanjo est le chef de la mission de l'Union africaine (UA) qui observera la présidentielle de dimanche au Sénégal, pays qui a connu depuis fin janvier des manifestations violentes contre un nouveau mandat de M. Wade, élu en 2000 et réélu en 2007.

Mardi après-midi, des petits groupes d'opposants partis du quartier de la Médina (proche du centre-ville de Dakar), ont débouché sur la rue Jules Ferry, proche de la Place de l'Indépendance. La police leur a interdit le passage et les a dispersés en faisant usage de gaz lacrymogènes.

Contrairement aux jours précédents, les manifestants n'ont pas répondu par des jets de pierre.

Quelques centaines de mètres plus loin, sur l'Avenue Georges Pompidou, des journalistes assistaient à un face-à-face tendu entre policiers et cortèges conduits par l'ex-Premier ministre Idrissa Seck, candidat à la présidentielle, et le chanteur Youssou Ndour, dont la candidature à la présidentielle a été rejetée.

MM. Seck et M. Ndour, chacun dans sa voiture, ont été très applaudis et étaient entourés de quelques centaines de personnes scandant des slogans de campagne ou des refrains d'une chanson hostile au président Wade: "Gorgui, na dem! Na dem, na dem, na dem!" ("Le vieux, qu'il parte! Qu'il parte!, qu'il parte!), "Gorgui" étant le surnom d'Abdoulaye Wade.

Cheikh Bamba Dièye, autre opposant candidat, avait réussi à arriver Place de l'Indépendance, d'où il a été évacué par la police. Il y a ensuite ré-apparu et s'exprimait devant quelques partisans et des journalistes, de nouveau dispersés à coups de gaz lacrymogènes.

L'opposition a indiqué qu'elle allait organiser des rassemblements Place de l'Indépendance de mardi à vendredi, pour exiger le retrait de la candidature de M. Wade . C'est autour de ce lieu qu'en fin de semaine dernière des appels semblables ont donné lieu à des violences entre manifestants et forces de l'ordre.

Le Mouvement du 23 juin (M23) - coalition de partis d'opposition et d'organisations de la société civile opposés à la candidature de M. Wade - avait appelé à manifester à 15H00 (locales et GMT) Place de l'Indépendance.

De précédents appels du M23 à se rassembler sur cette place ont entraîné des violences entre manifestants, et les forces de l'ordre.

Depuis fin janvier, des échauffourées se sont souvent produites à Dakar, sa banlieue et en province lors de manifestations contre un nouveau mandat de M. Wade, élu en 2000 et réélu en 2007.

Les violences ont fait au total six morts depuis la validation de cette candidature, le 27 janvier, selon des sources concordantes. Deux ONG sénégalaises de défense des droits de l'Homme ont évoqué "neuf morts et des dizaines de blessés" pendant cette période, une autre a appelé à "agir immédiatement pour mettre un terme à la violence d'Etat".

Obasanjo attendu "à bras ouverts"

C'est dans ce contexte que M. Obasanjo est attendu à Dakar. Même s'il ne vient pas en tant que "médiateur", l'opposition espère qu'il arrivera à convaincre Abdoulaye Wade de renoncer à se représenter.

M. Obasanjo avait été contraint en 2006 de renoncer à un troisième mandat à la tête du Nigeria sous la pression de l'opposition, mais aussi de pairs africains, dont M. Wade.

"Nous l'attendons à bras ouverts", a affirmé Serigne Mbacké Ndiaye, porte-parole de la présidence. S'il "profite" de sa présence "pour discuter avec les uns et les autres, nous sommes ouverts, mais restons fermes sur certains principes", en particulier sur le non-report du scrutin.

Le ministre de l'Intérieur, Ousmane Ngom, a réitéré l'interdiction de manifester en centre-ville, "en vue de préserver un périmètre sensible qui abrite l'essentiel des institutions de la République, des représentations diplomatiques, des établissements bancaires et des hôpitaux nationaux".

Mais le M23 considère que cette partie de Dakar "n'appartient pas à Abdoulaye Wade".

La mission des observateurs de l'UA dirigée par M. Obasanjo, est composée d'une quarantaine de membres, 90 pour celle de l'Union européenne.

La Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) a annoncé mardi qu'elle avait déployé 150 observateurs, dirigés par l'ancien Premier ministre togolais Koffi Sama. Selon la présidence, "près de 3.000 observateurs" seront déployés au total.

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Publié par Jean-Philippe Cipriani  |