L'Iran coupe le pétrole pour Londres et Paris

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L'Iran a annoncé l'arrêt des ventes de pétrole à la France et la Grande-Bretagne, répondant aux récentes sanctions européennes. (Shutterstock)
L'Iran a annoncé l'arrêt des ventes de pétrole à la France et la Grande-Bretagne, répondant aux récentes sanctions européennes. (Shutterstock)

TEHERAN, 19 février 2012 (AFP) - L'Iran a souhaité dimanche une reprise rapide des négociations nucléaires avec les grandes puissances, tout en annonçant l'arrêt de ses ventes de pétrole à la France et la Grande-Bretagne dans un geste symbolique répondant aux récentes sanctions européennes.

Téhéran "souhaite une reprise rapide des négociations et attend la réponse" des puissances du groupe 5+1 (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne et Allemagne) à la lettre envoyée mercredi par le négociateur nucléaire iranien Saïd Jalili à Catherine Ashton, la chef de la diplomatie européenne, a déclaré dimanche le ministre des Affaires étrangères, Ali Akbar Salehi.

M. Salehi a estimé qu'il fallait "trouver un mécanisme permettant une solution gagnant-gagnant pour les deux parties", afin d'éviter la répétition de l'échec des dernières négociations à Istanbul en janvier 2011.

La communauté internationale s'inquiète, en dépit des démentis de Téhéran, d'une possible dimension militaire du programme nucléaire iranien, condamné par six résolutions de l'ONU dont quatre assorties de sanctions ensuite renforcées unilatéralement par les pays occidentaux.

Les négociations ont jusqu'à présent achoppé sur le refus de l'Iran de les focaliser sur le seul programme nucléaire iranien, ainsi que les 5+1 l'ont toujours demandé et que Mme Ashton l'a réaffirmé dans une proposition de reprise des discussions envoyée en octobre à Téhéran.

Une délégation de haut rang de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) est attendue mardi à Téhéran pour une visite, la deuxième en moins d'un mois, destinée à essayer d'éclaircir les zones d'ombre du programme nucléaire iranien qui, selon l'agence onusienne, entretiennent le doute sur ses objectifs réels.

"Nous comprenons la position de l'autre partie et voulons lui donner la possibilité de sauver la face", a ajouté le ministre sans donner de détails.

Les dirigeants européens et américains ont réservé un premier accueil prudent mais plutôt favorable à la lettre iranienne, qui ne comporte selon eux "aucune condition préalable" et constitue "un geste important".

Dans le même temps, l'Iran a annoncé l'arrêt des ventes de pétrole à la France et la Grande-Bretagne, les deux pays à la pointe des sanctions contre Téhéran prises depuis deux ans par l'Union européenne, de concert avec les Etats-Unis.

Paris et Londres ont fortement milité notamment en faveur de la décision prise par l'UE en janvier d'arrêter tout achat de brut à l'Iran d'ici l'été.

"Les ventes de pétrole aux compagnies britanniques et françaises ont cessé", a déclaré dimanche le porte-parole du ministère iranien du Pétrole, Alireza Nikzad, en ajoutant que l'Iran allait "livrer (son) pétrole à d'autres clients".

Cette mesure, plutôt symbolique, ne devrait pas affecter directement ces deux pays. La France n'a reçu en 2011 quelque 58.000 barils de pétrole par jour de l'Iran -à peine 3% de sa consommation-, essentiellement en paiement de reliquats de contrats anciens dûs à Total, alors que la Grande-Bretagne a pratiquement cessé ses achats.

Elle sonne en revanche comme une mise en garde à quelques gros clients européens, essentiellement l'Italie, la Grèce et l'Espagne, auxquels Téhéran a déjà menacé de cesser ses livraisons de brut en réponse à l'embargo décidé par l'UE.

Selon l'Agence internationale de l'Energie, l'Italie a importé en 2011 quelque 185.000 barils/jour de pétrole iranien (13% de ses importations), l'Espagne 161.000 b/j (12%) et la Grèce 103.000 b/j (30%).

Deuxième pays de l'Opep, l'Iran produit 3,5 millions de barils de pétrole par jour et en exporte environ 2,5 millions, dont moins de 20% vers l'Europe et plus de 70% vers l'Asie.

Outre l'embargo pétrolier graduel contre l'Iran, les pays de l'UE se sont mis d'accord le 23 janvier pour sanctionner sa banque centrale afin d'assécher le financement de son programme nucléaire controversé.