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Berlinale 2012: On couronne César doit mourir

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 L'inséparable duo italien des frères Taviani, 162 ans au total, a remporté samedi soir l'Ours d'or de la 62e Berlinale. (AFP-Getty)
L'inséparable duo italien des frères Taviani, 162 ans au total, a remporté samedi soir l'Ours d'or de la 62e Berlinale. (AFP-Getty)

BERLIN, 18 février 2012 (AFP) - L'inséparable duo italien des frères Taviani, 162 ans au total, a remporté samedi soir l'Ours d'or de la 62e Berlinale pour "César doit mourir", librement adapté du "Jules César" de Shakespeare, interprété par des détenus d'un quartier de haute sécurité à Rome.

Paolo et Vittorio Taviani, 162 ans à eux deux, ont toujours travaillé en duo et refusé de distinguer la part de l'un de celle de l'autre. Ils l'ont emporté à Berlin devant dix-sept autres films en compétition depuis le 9 février.

Le jury, présidé par le cinéaste britannique Mike Leigh, était notamment composé d'acteurs --Jake Gyllenhaal, Charlotte Gainsbourg et Barbara Sukowa-- et de réalisateurs --l'Iranien Asghar Farhadi, Ours d'or 2011, le Français François Ozon et le Néerlandais Anton Corbijn.

L'idée de "César doit mourir", en partie filmé en noir et blanc, est venue aux deux frères alors qu'ils assistaient à une représentation de "L'Enfer" de Dante, au coeur de la centrale de Rebbibia à Rome.

"Dans ce jury, nous connaissons beaucoup de visages de personnes qui ont fait du cinéma, du cinéma que nous avons apprécié", a déclaré Paolo, l'aîné (82 ans), en recevant le prix.

"J'espère que quand ce film sera montré au public, certains en rentrant chez eux se diront (...) que même des criminels endurcis, condamnés à la perpétuité, sont et restent des hommes", a-t-il encore lancé.

"Cela a permis (aux prisonniers) pendant quelques jours de revenir à la vie. Cela n'a duré que quelques jours, mais ils ont fait ça avec une grande conviction et c'est à eux que va notre salut."

La séance de casting, partie intégrante du film avec les essais face caméra, fait défiler une humanité sans femmes, condamnée à de lourdes peines pour meurtres, trafic de drogue, contraventions multiples aux lois anti-mafia.

Quant au choix de "Jules César", il est lié à une phrase de la pièce, quand il est dit de l'assassin de César, "Brutus est un homme d'honneur".

"C'est un langage à la sicilienne, qui parle à ces hommes issus de la mafia, de la n'dranghetta, de la camora: les complots, les secrets, les trahisons, eux aussi ils connaissent", avait relevé Vittorio après la projection.

Fils d'un avocat toscan anti-fasciste, les frères Taviani sont connus pour leur cinéma engagé dans la réalité sociale de leur pays.

C'était d'ailleurs, comme de tradition, la tonalité générale de la sélection, axée sur les virages abruptes de l'histoire.

Ainsi, très remarqué par la presse et le public allemands, "Barbara" ou l'histoire d'une femme médecin (Nina Hoss) surveillée neuf ans avant la chute du Mur de Berlin par la Stasi, la police secrète de l'ex-RDA, a été distingué par l'Ours d'Argent du meilleur réalisateur pour Christian Petzold.

Et le Grand Prix du Jury a récompensé un drame hongrois sur le sort fait aux Roms, "Juste le vent", de Bence Fliegauf, au moment où un gouvernement nationaliste autoritaire est aux commandes à Budapest.

Du côté des acteurs, l'Ours d'argent des meilleurs interprètes est allé chez les femmes à une ex-enfant des rues de Kinshasa, la Congolaise Rachel Mwanza pour son incarnation d'un enfant-soldat dans "Rebelle" du Canadien Kim Nguyen.

Celui du Meilleur acteur a récompensé le Danois Mikkel Boe Folsgaard, dans "A Royal affair" de son compatriote Nikolaj Arcel. Le film a par ailleurs reçu le prix du meilleur scénario.

A noter encore une "mention spéciale du jury", récompense créée par Mike Leigh pour saluer le film de la réalisatrice franco-suisse Ursula Meier, "L'Enfant d'en haut", fable sociale entre la plaine industrielle et les riches sommets suisses, entre un petit garçon angoissé et sa grande soeur immature.

La Berlinale fermera officiellement ses portes dimanche soir avec la projection au public de l'Ours d'or.