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Des scientifiques canadiens affirment être muselés par le gouvernement

17/02/2012 07:03 EST | Actualisé 18/04/2012 05:12 EDT
AP Photo/Jim R. Bounds

VANCOUVER - Près de trois semaines après que David Tarasick eut publié ses découvertes au sujet de l'un des plus grands trous à la couche d'ozone jamais découvert, le scientifique fédéral n'a encore pu en souffler un seul mot aux médias.

Kriste Miller n'a pas non plus pu donner d'entrevues au sujet de ses recherches portant sur un virus qui pourrait tuer le saumon rouge de la Colombie-Britannique, même si elles ont été publiées dans le prestigieux magazine britannique Science.

Lors d'une discussion en groupe dans le cadre du congrès de l'American Association for the Advancement of Science, qui réunit à Vancouver des scientifiques de partout au monde, des journalistes et des scientifiques ont révélé que des cas comme ceux-là ne sont pas rares et indiquent la tendance à «museler» les scientifiques adoptée par le gouvernement fédéral conservateur.

«Il est plutôt clair qu'Ottawa décide si les chercheurs fédéraux peuvent parler, ce qu'ils peuvent dire et quand ils peuvent le faire», a lancé la journaliste scientifique Maragaret Munro, de Postmedia News.

La présentation a été faite alors qu'une coalition de six organisations scientifiques et de communications publiait une lettre adressée au premier ministre Stephen Harper, lui demandant de faire «tomber le mur» séparant les scientifiques, les journalistes et le public.

«Malgré les promesses que notre gouvernement majoritaire respecterait les règles de transparence et d'imputabilité, les scientifiques fédéraux du Canada ne sont toujours pas autorisés à parler aux journalistes sans obtenir le «consentement» du service des relations publiques», peut-on lire dans la lettre.

Il y a est aussi écrit que trop souvent, les journalistes font face à des délais «inacceptables» et à des refus lorsqu'ils demandent des entrevues.

Mme Munro, journaliste scientifique acclamée depuis plus de 30 ans, a indiqué que la couverture médiatique des recherches financées par le gouvernement a diminué dans les années suivants l'élection des conservateurs.

«Nous avions un système gouvernemental très ouvert, les chercheurs pouvaient discuter librement de leurs découvertes dans les médias a raconté Mme Munro. Maintenant, le système est très fermé, alors que le gouvernement pousse parfois à l'extrême le contrôle du message et des médias.»

S'exprimant dans le cadre de la discussion, certains ont affirmé que le contrôle extrême mène à la réduction du nombre de reportages portant sur des sujets scientifiques. Cela représente un problème, selon eux, puisque les citoyens n'entendent pas certaines informations qui peuvent affecter grandement leur vie quotidienne.

Le chercheur sur le climat Andrew Weaver, de l'Université de Victoria, a ajouté que les scientifiques sont frustrés de ne pas pouvoir présenter le fruit de leur travail mais ne s'expriment pas collectivement puisqu'ils ont peur de prendre leur financement.

Selon lui, il est honteux que tant de bon travail reste dans l'ombre.

«Il ne s'agit pas de réprimer certains messages qui créeront une controverse, mais de réprimer le succès des scientifiques canadiens», a estimé M. Weaver.