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Syrie: les Nations unies évoquent de possibles «crimes contre l'humanité»

16/02/2012 05:40 EST | Actualisé 17/04/2012 05:12 EDT

BEYROUTH - Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a estimé jeudi que la répression de la contestation en Syrie constituait «presque certainement un crime contre l'humanité». Les forces gouvernementales continuaient à bombarder Homs (centre) et ont attaqué Deraa (sud), d'où est parti le mouvement contre le président Bachar el-Assad à la mi-mars 2011, selon des militants.

M. Ban a exigé que le régime syrien cesse de frapper les civils pris dans les combats entre les troupes et les opposants. «Nous voyons des quartiers bombardés sans discrimination, des hôpitaux utilisés comme centres de torture, des enfants de seulement 10 ans enchaînés et agressés, a-t-il dénoncé. Nous voyons presque certainement un crime contre l'humanité.»

L'Observatoire syrien des droits de l'Homme, basé à Londres, a déclaré jeudi que les forces gouvernementales avaient attaqué Deraa et procédé à des arrestations tout en tirant au hasard dans la ville. Proche de la frontière jordanienne, Deraa est située à 80 kilomètres au sud de Damas, la capitale. Son attaque, après celles de Homs et Hama, bastions de l'insurrection, suggère que le régime tente d'éliminer les principales poches de dissidence les unes après les autres.

Au moins un civil et trois soldats sont morts à Deraa, selon l'Observatoire, ainsi que dix déserteurs et quatre civils dans le village de Kfar Naboudeh, et quatre soldats à Soran, dans la province de Hama. Les Comités locaux de coordination faisaient quant à eux état de 40 morts dans tout le pays jeudi, dont 13 dans la province de Hama.

Les troupes continuaient aussi à pilonner le quartier de Baba Amr à Homs, sous les bombardements depuis bientôt deux semaines. La ville d'un million d'habitants est l'une des plus violemment frappées par les forces du régime, qui tentent de reprendre le contrôle des quartiers aux mains des rebelles.

À New York, l'Assemblée générale de l'ONU devait selon toute probabilité adopter jeudi une résolution non contraignante condamnant les violations des droits de l'Homme commises par le régime syrien et soutenant le plan de sortie de crise de la Ligue arabe, accepté par Damas fin 2011 mais pas mis en oeuvre. Il prévoyait l'arrêt des violences, le retrait des troupes des villes, la libération des prisonniers politiques et la liberté de circulation pour les travailleurs humanitaires et médias.

Le 4 février, la Chine et la Russie avaient mis leur veto à une résolution du Conseil de sécurité condamnant les violences commises par le régime syrien depuis bientôt un an.

Le président Assad a annoncé mercredi la tenue d'un référendum le 26 février sur une réforme de la Constitution. Le projet instituerait notamment le multipartisme dans ce pays de 22 millions d'habitants dirigé par la famille Assad et le parti Baas depuis 40 ans, et limiterait les mandats présidentiels à deux fois sept ans. Bachar el-Assad a hérité du pouvoir en 2000 à la mort de son père Hafez.

De tels changements auraient pu satisfaire l'opposition il y a un an mais pas après onze mois d'une répression qui a fait plus de 5400 morts, selon l'ONU. Le mouvement était initialement pacifique mais le pays menace de plus en plus de basculer dans la guerre civile, avec des accrochages quasiment quotidiens entre l'armée et des déserteurs. Les dissidents exigent désormais le départ d'Assad.

«La violence doit juste cesser et (le président syrien) doit s'écarter pour que l'on ait une transition démocratique», a déclaré mercredi la porte-parole du département d'État américain, Victoria Nuland.

Le président du Parlement européen, Martin Schulz, a également jugé «inconcevable» d'organiser un référendum tout en poursuivant le bain de sang. «Le Parlement européen veut que des couloirs humanitaires soient mis en place et des abris fournis aux personnes déplacées de plus en plus nombreuses», a-t-il dit. L'assemblée «appelle l'Union européenne (...) à aider au renforcement de l'unité des forces syriennes qui s'opposent au régime à l'intérieur et à l'extérieur du pays».

Le ministre français des Affaires étrangères, qui rencontrait son homologue russe en marge d'une conférence ministérielle à Vienne (Autriche), où se trouvait aussi Ban Ki-moon, n'a pas accordé plus de valeur à l'annonce du référendum syrien. «Nous ne sommes pas naïfs: pour nous, il n'est pas question d'accepter le statu quo politique en Syrie. C'est la raison pour laquelle nous voulons continuer à travailler avec la Ligue arabe pour la mise en oeuvre de son plan de transition politique», a déclaré Alain Juppé.

À l'ONU, «nous pourrons peut-être nous retrouver sur un objectif de très court terme qui est l'arrêt des massacres. Il faut tout faire pour que la violence cesse et qu'une aide humanitaire importante soit apportée à la population syrienne qui est dans une situation épouvantable», a-t-il ajouté.

La Russie veut en revanche croire aux promesses de réforme d'Assad. Quant à la Chine, elle a annoncé jeudi l'envoi en Syrie de son ministre-adjoint des Affaires étrangères. Zhai Jun, qui discutera sur place vendredi et samedi des moyens de faire cesser la violence, a rencontré une délégation de l'opposition syrienne à Pékin la semaine dernière.

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