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Serge Lemoyne: l'artiste-peintre oublié

15/02/2012 10:24 EST | Actualisé 15/02/2012 10:40 EST
Michaël Lachance

Serge Lemoyne est un artiste-peintre majeur dans l’histoire de l’art du Québec. Né en 1941 à Acton Vale, le peintre nous a quitté en 1998, victime d’un cancer foudroyant au cerveau. Il venait tout juste d’avoir 58 ans.

Il est reconnu comme un des premiers artistes à transposer le «happening» au Québec, un mouvement new-yorkais qui souhaitait sortir l’art des musées et des galeries. Une manière de démocratiser l’art et de le rendre plus accessible.

C’est sans conteste durant la période dite «Bleu-blanc-rouge» que Lemoyne marqua l’imaginaire des Québécois. Pendant 10 ans, le peintre fera des tableaux grands format avec ces couleurs en représentant, de manière plutôt abstraite, les joueurs du Canadien qui ont marqué son enfance: Dryden, Béliveau, Tremblay, Lapointe, Lafleur, etc. Ce sera une petite consécration pour Lemoyne qui verra son œuvre saluée par un public qui ne fréquente pas les galeries, ni les musées. Chose assez exceptionnelle en art contemporain, son travail était apprécié tant par le profane que par le connaisseur. Le Musée du Québec lui consacrera d’ailleurs, en 1988, une exposition rétrospective d'envergure.

La place Serge Lemoyne à Acton Vale

Dans la nuit du 1er septembre 2000, la «maison-œuvre d'art» de Serge Lemoyne, située à Acton Vale, est détruite dans un incendie. L'enquête révèle que deux foyers d'incendie ont été allumés, l'un au rez-de-chaussée et l'autre à l'étage, ce qui ne laisse aucun doute quant à l'origine criminelle du sinistre.

Comme le disait une femme rencontrée dans un petit casse-croute d’Acton Vale: «On a tous vécu ça, nous, l’histoire de Lemoyne. Il n’était pas bien aimé. Les gens ici n’aimaient pas sa maison. C’est triste. Il était là, à côté de nous, et on pensait que c’était une sorte d’illuminé. C’est toujours après coup qu’on découvre le talent d’un artiste.»

En 2003, en mémoire du grand peintre d’Acton Vale, on a érigé la Place Serge-Lemoyne sur le site de l’ancienne maison familiale. Mais, tristement, on constate aujourd'hui que la plaque commémorative est vétuste et illisible, et que les fresques ont été détruites. Non seulement à la suite de la mort du peintre sa maison fut brûlée criminellement, mais même outre-tombe celui-ci voit sa Place abandonnée à elle-même. Est-ce une façon de préserver la mémoire, le patrimoine culturel de nos artistes disparus au Québec?

*crédits photos

Marie-Josée Rose Lavoie