NOUVELLES

Libre-échange: Bombardier demande le maintien des exigences de contenu local

15/02/2012 03:30 EST | Actualisé 16/04/2012 05:12 EDT

MONTRÉAL - À l'approche de la conclusion probable d'un traité de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne, Bombardier (TSX:BBD.B) presse les gouvernements de maintenir les exigences de contenu local dans le secteur du transport en commun.

«De façon générale, nous sommes favorables aux ententes de libre-échange à travers le monde, tout en reconnaissant que si on veut des industries locales, on doit parfois mettre en place des règles qui permettent de les développer», a déclaré le président et chef de la direction de la multinationale montréalaise, Pierre Beaudoin, au cours d'une récente entrevue avec La Presse Canadienne.

«Ça dépend des choix qu'on va faire comme société, mais je trouverais ça malheureux qu'on ne mette pas en place un environnement qui permet de développer une industrie au Canada, a-t-il ajouté. Pourquoi? Parce que notre voisin américain a le Buy America Act, qui demande de la fabrication locale (au moins 60 pour cent dans le secteur du transport en commun). Alors si on est les seuls à ne pas le demander, qu'on ne se surprenne pas après ça de ne pas avoir d'industrie locale. Je pense que (le Canada) a un avantage aujourd'hui avec le transport en commun et je pense qu'on devrait le garder.»

Dans l'appel d'offres pour le remplacement des voitures du métro de Montréal, Québec a imposé aux constructeurs une exigence minimale de 60 pour cent de «contenu canadien». Un consortium formé de Bombardier et du français Alstom a remporté ce contrat de 1,3 milliard $ en 2010.

Les achats d'autobus urbains sont également assujettis au respect d'une règle semblable.

En Ontario, une politique prévoit un contenu canadien minimum de 25 pour cent pour toute acquisition de véhicule de transport en commun.

Or, ces dispositions pourraient devenir illégales dans le cadre d'un libre-échange avec l'UE. Après tout, le premier objectif de l'Europe dans le cadre des négociations en cours est d'obtenir accès aux appels d'offres gouvernementaux au Canada.

«Je serais surpris que les Européens acceptent d'exempter le marché du transport en commun», a estimé Patrick Leblond, professeur à l'École supérieure d'affaires publiques et internationales de l'Université d'Ottawa.

M. Leblond a souligné que deux des plus grands constructeurs mondiaux de matériel roulant sont européens: Alstom et Siemens.

Joint à son bureau mercredi, le négociateur en chef du Québec dans ce dossier, Pierre Marc Johnson, a refusé net de commenter cet aspect particulier, invoquant la confidentialité des pourparlers.

La division ferroviaire de Bombardier est née de l'octroi d'un contrat de construction de voitures pour le métro de Montréal, au début des années 1970. M. Beaudoin a cependant réfuté l'idée que la politique québécoise d'achat local ait favorisé indûment l'entreprise.

«Je ne pense pas que ça aide Bombardier, a-t-il affirmé. Je pense que ç'a aidé à développer une industrie locale, que ça soit moi ou un concurrent. Ce que ç'a fait, c'est de créer des jobs au Canada. (...) Et ça nous a permis de développer un savoir-faire qu'on a pu exporter à l'étranger.»

Même si des questions ont été soulevées quant au prix des futures voitures du métro de Montréal, le pdg a martelé que l'exigence de contenu canadien «ne devrait jamais être une raison pour avoir des produits qui ne sont pas concurrentiels».

Quoi qu'il arrive, Bombardier assure être en mesure de faire face à la musique.

«Nous sommes capables d'être concurrentiels dans à peu près n'importe quelles conditions, a insisté Pierre Beaudoin. On l'a prouvé. Mais il faut que tout le monde joue avec les mêmes règles.»

En fait, Bombardier apparaît être en meilleure position que Siemens et Alstom dans l'éventualité d'un libre-échange Canada-UE. Le constructeur québécois exploite plusieurs usines en Europe alors que ses rivaux européens n'en possèdent pratiquement pas en Amérique du Nord.

L'ouverture du marché canadien aux Européens pourrait toutefois les inciter à s'installer sur le continent et à jouer sur le terrain de prédilection de Bombardier.

L'action de Bombardier a clôturé à 4,65 $ mercredi, en baisse de 1,3 pour cent, à la Bourse de Toronto.

PLUS:pc