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La Russie blâme les États-Unis et ses alliés pour l'agonie en Syrie

15/02/2012 04:22 EST | Actualisé 15/04/2012 05:12 EDT

DAMAS, Syrie - Le ministre russe des Affaires étrangères a blâmé mercredi des «acteurs étrangers» pour la persistance de l'agonie de la Syrie, laissant entendre que les États-Unis et ses alliés bloquent les négociations pour mettre fin au bain de sang et ont été responsables du torpillage d'une résolution des Nations unies visant à calmer le jeu.

Sergueï Lavrov a aussi évoqué un appel du réseau terroriste Al-Qaïda à faire tomber le président syrien Bachar el-Assad pour faire valoir qu'on en sait peu sur les opposants au régime de Damas, laissant entendre que l'opposition ne serait pas digne de confiance pour gouverner le pays en cas de victoire.

La Russie et la Chine ont mis leur veto plus tôt ce mois-ci à une résolution du Conseil de sécurité présentée par la Ligue arabe, qui visait à stopper les violences en Syrie.

Sergueï Lavrov a aussi salué l'annonce par Bachar el-Assad concernant le référendum sur la constitution.

Le président syrien a arrêté au 26 février l'organisation d'un référendum sur le projet de nouvelle Constitution, a annoncé mercredi l'agence de presse officielle SANA, tandis que les forces gouvernementales continuaient à écraser la contestation, à Homs surtout.

La répression a fait plus de 5400 morts en onze mois selon les Nations unies, et le pays menace de basculer dans la guerre civile avec des affrontements quasiment quotidiens entre l'armée et des déserteurs.

Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, a déclaré mercredi sur France-Info que la France était en train de «renégocier une résolution au Conseil de sécurité» de l'ONU pour «faire céder les Russes» sur la question syrienne, tout en proposant à nouveau «des corridors humanitaires» afin d'aider les civils.

Moscou et Pékin avaient mis leur veto à une résolution condamnant la répression le 4 février. M. Juppé retrouvera son homologue russe Sergueï Lavrov jeudi à Vienne pour co-présider la troisième Conférence ministérielle du Pacte de Paris consacrée au trafic d'héroïne en provenance d'Afghanistan.

«Tout est possible» concernant une résolution destinée à mettre fin à la violence en Syrie, a déclaré M. Lavrov mercredi.

«Nous devons tous agir de concert et faire pression sur toutes les parties syriennes pour qu'elles arrêtent de se battre et s'assoient à la table des négociations» mais la Russie ne soutiendra pas de résolution «qui légitimerait un changement de régime» à Damas, a-t-il prévenu.

En déplacement aux Pays-Bas, il a salué l'annonce du référendum, considérant qu'«une nouvelle Constitution qui mette fin au système du parti unique en Syrie est un pas en avant». «Cela arrive tard malheureusement, mais mieux vaut tard que jamais», a-t-il ajouté.

La réforme de la Constitution syrienne était l'une des grandes exigences des groupes d'opposition au début de la contestation à la mi-mars 2011. Mais désormais ils réclament le départ sans condition du président Bachar el-Assad.

Selon l'exemplaire qu'a obtenu l'Associated Press du document remis la semaine dernière au président syrien par le Comité sur le projet de Constitution, il n'est plus écrit que le parti Baas «dirige la nation et la société» mais que «le système politique repose sur le pluralisme et (que) le pouvoir est exercé démocratiquement par la voie électorale».

En outre, le président ne peut exercer que deux mandats de sept ans. Bachar el-Assad, qui a hérité du pouvoir en 2000 à la mort de son père Hafez, dirige le pays depuis bientôt 12 ans.

Sur le terrain, le siège de Homs, bastion de la contestation situé dans le centre de la Syrie, se poursuivait mercredi. Les forces gouvernementales bombardent la ville d'un million d'habitants pour tenter d'en reprendre des parties contrôlées par l'insurrection.

Les Comités locaux de coordination (CLC) et l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) basé à Londres ont affirmé qu'un oléoduc de Homs se trouvait en feu dans le quartier de Baba Amr, pilonné par l'armée syrienne depuis 12 jours. L'agence SANA accuse «des terroristes armés» d'avoir attaqué l'oléoduc, qui fournit les réservoirs d'Adra, dans la banlieue de Damas, la capitale. Homs, qui abrite l'une des deux raffineries de pétrole du pays, est l'une des villes où la répression a été la plus violente.

Les militants ont aussi déclaré que les troupes avaient attaqué plusieurs quartiers résidentiels à Hama, près de Homs. Les lignes téléphoniques fixes et portables ainsi que les connections Internet ont été coupées et «de fortes explosions ont été entendues», précise l'Observatoire dans un communiqué.

Enfin l'armée menait des raids sur Barzeh, dans la banlieue de Damas, et à Ashaara, dans la province de Deir el-Zour (est).

Au moins 13 personnes ont été tuées mercredi selon les CLC alors que l'Observatoire a en recensé cinq.

Sur le front diplomatique, Alain Juppé a rappelé qu'un vote était prévu jeudi à l'Assemblée générale de l'ONU. «Il sera très symbolique mais si nous avons plus de 130 ou de 140 pays au monde qui disent 'stop le massacre, ça suffit, il faut maintenant appliquer le plan de la Ligue arabe' (de sortie de crise en Syrie), je pense que ce symbole aura de la force», a-t-il dit.

Face «aux crimes contre l'humanité» commis selon lui par le régime de Bachar el-Assad, «seul le Conseil de sécurité peut saisir la Cour pénale internationale», a-t-il souligné.

Le chef de la diplomatie française s'est par ailleurs félicité de la réunion d'un «Groupe des amis du peuple syrien» le 24 février à Tunis. L'idée, a-t-il précisé, consiste à «mettre la pression maximum en réunissant le plus grand nombre de pays possible sur la Russie d'un côté et sur le régime de Bachar el-Assad de l'autre».

Alain Juppé a annoncé mardi soir la création d'un fonds d'urgence humanitaire pour la Syrie doté d'un montant initial d'un million d'euros et proposera à Tunis «de mettre en place un fonds de même type au niveau international», selon ses services.

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