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Garderies: la CAQ veut restreindre le droit de grève des éducatrices

15/02/2012 10:47 EST | Actualisé 16/04/2012 05:12 EDT

QUÉBEC - La Coalition avenir Québec (CAQ) souhaite restreindre le droit de grève des travailleuses en garderie.

Irritée par les débrayages à répétition des syndiquées, la CAQ estime que le temps est venu pour le gouvernement de déposer un projet de loi visant à inclure les Centres de la petite enfance (CPE) dans la liste des services essentiels.

En point de presse mercredi à l'Assemblée nationale, le député Daniel Ratthé s'est porté à la défense des familles qui, selon lui, «font les frais» des moyens de pression syndicaux.

«Il y a des parents qui n'ont pas des grands-parents ou des oncles, des tantes pour se retourner rapidement. Il y a des familles dans la région métropolitaine qui en seront à quatre jours de grève. (...) Je suis loin d'être convaincu que les familles peuvent se permettre de perdre un, deux, trois ou quatre journées de travail», a fait valoir l'ex-élu péquiste passé à la CAQ.

Depuis deux ans, le gouvernement «se traîne les pieds» dans ce dossier et pendant ce temps, les parents sont laissés à eux-mêmes, victimes d'arrêts de travail à répétition sans véritables préavis, a-t-il dénoncé.

«On apprend à la dernière minute, la veille, l'avant-veille, que dans tel secteur, il va y avoir une grève tournante, dans tel autre secteur, il y aura une autre grève tournante. On a appris aujourd'hui qu'il y aura possiblement deux jours de grève nationale la semaine prochaine», a illustré M. Ratthé, porte-parole caquiste en matière de famille.

Plutôt que d'envisager une loi spéciale pour imposer des conditions de travail, le gouvernement devrait, à son avis, reconnaître les CPE en tant que service essentiel en vertu du Code du travail. La décision aurait pour effet de restreindre le droit de grève des éducatrices.

Il ne s'agit pas d'interdire le droit de grève, s'est défendu M. Ratthé, mais d'assurer pour les parents des services auxquels ils ont droit.

«Des balises, ce n'est pas nécessairement d'enlever un pouvoir de grève. Est-ce qu'on pourra dire qu'on doit assurer un minimum d'heures, un minimum de jours, un minimum d'éducatrices? Ce sera à la commission du travail de le déterminer. Actuellement, avec les grèves tournantes, avec les grèves nationales, il n'y en a plus d'éducatrices, il n'y a pas de services», a-t-il soulevé.

Les grèves tournantes se poursuivaient mercredi dans les CPE affiliés à la CSN de la Montérégie, l'Estrie, l'Outaouais, les Laurentides, Lanaudière, l'Abitibi, le Saguenay-Lac-Saint-Jean, la Côte-Nord, le Bas-Saint-Laurent, la Gaspésie, les Îles-de-la-Madeleine et le Coeur-du-Québec.

Jeudi, ce devait être au tour des CPE de Montréal et de Laval ainsi que de la région de Québec-Chaudière-Appalaches d'être touchés par une grève d'une journée, mais la mesure a finalement été annulée, tard mercredi soir, quand la CSN a annoncé qu'elle suspendait cette menace, ainsi que celle de grève nationale qui planait pour lundi et mardi.

Dans un communiqué de presse, la CSN a expliqué son geste par «la reprise des négociations avec les représentants des employeurs et les avancées effectuées aujourd'hui (mercredi)».

À ce sujet, la CAQ avait exhorté mercredi les parties à faire les compromis nécessaires pour en arriver à un règlement satisfaisant.

«C'est des grèves à répétition. Et combien il y en aura d'autres? (...) Il faut que ça se règle, il faut que les deux parties mettent de l'eau dans leur vin», a argué le député de Blainville.

En Chambre, la ministre de la Famille, Yolande James, ne s'est pas prononcée sur la requête de la Coalition.

Elle a préféré s'en tenir à son discours habituel, réaffirmant la volonté du gouvernement de conclure une entente négociée avec les éducatrices.

«Tous nos efforts sont déployés pour en arriver à une entente. Et au moment où je vous parle et plus tard aujourd'hui, il y a des rencontres importantes, des discussions avec le côté patronal ainsi qu'avec le syndicat. Pour nous, la solution, ce n'est pas de déchirer les conventions collectives, c'est d'en arriver à une entente», a-t-elle martelé.

De son côté, l'opposition péquiste a vivement dénoncé la proposition de la CAQ, y voyant un exemple d'amateurisme.

Assujettir les CPE aux services essentiels pourrait même mettre la sécurité des enfants en danger, selon la porte-parole du Parti québécois en matière de famille, Marie Bouillé.

«En forçant un CPE à offrir le service, le ratio éducatrice-enfant serait réduit. Plutôt que d'avoir 10 ou 12 éducatrices pour 80 enfants dans un établissement, il n'y en aurait que trois ou quatre», a-t-elle fait remarquer.

«C'est une proposition amateur, faite sur le coin d'une table et aux conséquences dangereuses», a déclaré Mme Bouillé.

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