NOUVELLES

Don Drummond recommande de sabrer dans les dépenses de l'Ontario

15/02/2012 02:52 EST | Actualisé 16/04/2012 05:12 EDT

TORONTO - L'Ontario ne peut plus se permettre de rembourser les médicaments prescrits à tous les citoyens âgés de 65 ans et plus, et devrait former moins de professeurs pour forcer ceux qui enseignent déjà à repousser leur retraite afin de cotiser davantage à leur régime de retraite, a soutenu Don Drummond, un ancien économiste principal de la Banque TD, dans son rapport très attendu, déposé mercredi à Queen's Park.

La Commission de réforme des services publics de l'Ontario, présidée par M. Drummond, a remis son rapport, qui comprend 362 recommandations détaillées sur quelque 500 pages, visant à réduire les dépenses gouvernementales et éliminer un déficit de 16 milliards $.

De façon globale, il prévient que la province devra adopter des mesures «sans précédent» en réduisant de 16,2 pour cent ses dépenses de programmes pour chaque homme, femme et enfant. La croissance annuelle des coûts de programmes en santé devrait être de 2,5 pour cent, en éducation de 1,0 pour cent, en éducation postsecondaire de 1,5 pour cent, et en programmes sociaux de 0,5 pour cent. Dans tous les autres programmes, le gouvernement, selon lui, doit plutôt réduire ses dépenses de 2,4 pour cent.

M. Drummond affirme que si l'actuel gouvernement s'en tient à ses politiques pour viser le déficit zéro d'ici 2017-2018, comme il a promis de le faire, la province sera quand même à court d'environ 30 milliards $. Elle sera aussi aux prises avec une gigantesque dette publique de 411,4 milliards $, soit environ la moitié de son produit intérieur brut (PIB).

«L'Ontario n'est pas encore confrontée à une crise financière et, si elle passe immédiatement à l'action, elle pourra l'éviter», affirme le rapport. «Les leçons tirées de l'histoire et de ce qui se passe ailleurs actuellement sont claires: le gouvernement doit agir maintenant avant que les problèmes d'aujourd'hui ne se transforment en crise demain.»

Le ratio entre la dette et le PIB de l'Ontario a plus que doublé depuis la fin des années 1980 pour atteindre 35 pour cent, ce qui place la province la plus populeuse du pays sur le même pied d'égalité que les provinces Maritimes.

Seul le Québec affiche un ratio plus élevé, soit 50 pour cent. Mais c'est exactement ce qui risque d'arriver à sa voisine si celle-ci ne se dépêche pas de balancer ses comptes, prévient Don Drummond.

Les réformes au système de santé constituent le coeur du rapport, qui estime que la croissance annuelle des dépenses de programmes dans ce secteur devrait être réduite à 2,5 pour cent, alors qu'elle est de 6,5 pour cent depuis huit ans.

Les soins prodigués dans la communauté devraient être privilégiés afin de réduire dans la mesure du possible le nombre de gens traités dans les hôpitaux, dont les activités sont plus coûteuses, indique M. Drummond.

Il recommande aussi au gouvernement de cesser de négocier avec les médecins, par le biais de l'Association médicale de l'Ontario, quels services et procédures devraient ou non être couverts par l'assurance maladie de la province. Les médecins ontariens, qui sont les mieux payés au pays, ne devraient pas non plus s'attendre à ce qu'un gouvernement à court d'argent hausse leur salaire, soutient l'économiste.

Quant au système d'éducation, Don Drummond estime que la province devrait tenter de réduire sa contribution à la caisse de retraite des enseignants. Actuellement, le gouvernement verse la même somme que les travailleurs. De façon générale, un professeur prend sa retraite à l'âge de 59 ans, après 26 ans d'enseignement, et empochera sa pension pendant 30 ans. M. Drummond soutient qu'il faut hausser l'âge du départ à la retraite pour empêcher que les futures prestations ne soient réduites.

Il croit aussi qu'il faudra contrôler le nombre de nouveaux professeurs formés chaque année, qui dépassent de 7600 le nombre d'enseignants qui partent à la retraite.

L'économiste juge également qu'il faudrait mettre la hache dans le programme phare du gouvernement libéral de Dalton McGuinty: celui de la prématernelle et des garderies à temps plein, qui coûtera 1,5 milliard $. Il ajoute que si Queen's Park souhaite tout de même aller de l'avant avec ce projet, ce qu'il a déjà confirmé, il lui faudra à tout le moins repousser son implantation à 2017-2018 plutôt qu'à 2014-2015.

Par ailleurs, la taille des classes dans les écoles primaires devrait passer de 20 à 23 élèves, plaide M. Drummond.

Le gouvernement de Dalton McGuinty a annoncé qu'il ne retiendrait pas toutes les recommandations du président de la Commission de réforme des services publics de l'Ontario. Il a adopté certaines de ses idées avant même la publication du rapport alors que d'autres, comme celle de renoncer au programme de la prématernelle et des garderies à temps plein, ont été rejetées d'emblée.

«M. Drummond n'a pas à penser aux conséquences de cette décision ou de n'importe quelle décision, sur ce que cela implique pour l'emploi, sur ce que cela signifie pour telle communauté par rapport à une autre. Notre défi est de trouver l'équilibre», a déclaré le ministre ontarien des Finances, Dwight Duncan.

Pour sortir du gouffre financier, Queen's Park devra tout de même appliquer des compressions encore plus radicales que celles mises en oeuvre par l'ex-premier ministre conservateur ontarien Mike Harris et pendant plus longtemps que Ralph Klein en Alberta et Roy Romanow en Saskatchewan dans les années 1990, selon le rapport.

«Je crois que les problèmes et les solutions sont plus ou moins sans précédent dans l'histoire du Canada de l'après-guerre», a affirmé Don Drummond devant les journalistes. «Cela ne fonctionnera pas si l'on se contente de retirer un peu d'argent ici et là comme ce fut souvent le cas par le passé.»

PLUS:pc