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Un diplomate syrien s'en prend aux sanctions imposées par le Canada

14/02/2012 06:54 EST | Actualisé 15/04/2012 05:12 EDT

OTTAWA - Le plus haut diplomate de la Syrie à Ottawa affirme que les sanctions imposées par le gouvernement canadien contre son pays sont «déplorables» et qu'elles affectent des civils innocents.

Le chargé d'affaires Bashar Akbik a lancé cette accusation dans un entretien accordé lundi à La Presse Canadienne, pendant lequel il a aussi formellement nié que le régime de Bachar al-Assad soit responsable de la mort de milliers de civils depuis le début d'une répression sanglante contre la dissidence il y a onze mois.

M. Akbik a tenu pour responsables de la violence en Syrie les criminels et les terroristes. Il affirme qu'un complot fomenté par l'Occident, avec l'aide de l'Arabie saoudite, tente de renverser le gouvernement. Ce complot serait aussi à blâmer pour un carnage qui, selon les Nations unies, a déjà fait plus de 5400 victimes.

Les images diffusées sur le Web ont été fabriquées de toutes pièces, a-t-il ajouté, et font partie de ce complot international pour permettre de croire à la mort de milliers de victimes innocentes.

M. Akbik y est allé de cette sortie quelques heures seulement après que la haute commissaire de l'Onu aux droits de l'Homme, Navi Pillay, ait déclaré à l'Assemblée générale des Nations unies que le régime Assad a vraisemblablement commis des crimes contre l'humanité.

Le Canada a imposé cinq séries de sanctions à la Syrie, et Ottawa a dit à plusieurs reprises que le président Bashar el-Assad devait quitter le pouvoir. Le gouvernement ajoute que ces sanctions ne nuisent en rien aux populations civiles et servent à déstabiliser le régime syrien.

«Le Canada contribue à aggraver le sort des citoyens syriens, et les sanctions n'auront aucun effet» (sur les événements), a déclaré M. Akbik lors de cet entretien réalisé à l'ambassade syrienne à Ottawa. «C'est vraiment déplorable, cette position du Canada face aux événements actuels en Syrie. Depuis les premiers jours de l'insurrection en Syrie, le gouvernement canadien a adopté une attitude hostile face au régime syrien.»

M. Akbik a aussi pris pour cible Barbara Martin, directrice générale du Moyen-Orient et du Maghreb au ministère des Affaires étrangères, qui, la semaine dernière, a déclaré à un comité de la Chambre des communes que les sanctions avaient fait plonger la devise syrienne, et provoqué des pénuries d'aliments et des interruptions de l'alimentation en électricité.

«Il est très déplorable pour une bureaucrate de donner son avis, a-t-il dit. Ils ont de gros salaires et ils vivent comme des rois ici au Canada pendant que notre peuple souffre des sanctions. Je lui rappellerais que le régime de Saddam Hussein a fait l'objet de sanctions et a été isolé pendant 13 ans.

«Saddam et son gouvernement vivaient comme des rois, mais le peuple mourait de pénuries de médicaments, d'eau polluée, de pénuries d'équipements médicaux, de pollution de la nourriture, et caetera.»

M. Akbik a affirmé que son gouvernement n'a pas de sang sur les mains, et il a dénoncé les images morbides diffusées en ligne et les rapports publiés par les organismes de défense des droits de la personne.

«La majorité de ce que vous voyez est digne d'Hollywood, a-t-il lancé. Plusieurs pays du monde veulent nuire à la Syrie. Ils payent des milliards de dollars pour les médias. Ils utilisent tous les moyens — les armes, la technologie, la communication. Ils tournent même des films.»

Il a ajouté que la Syrie n'a aucune intention d'accueillir les journalistes de CNN, de la BBC ou même d'al-Jazira, puisqu'ils auraient un parti pris contre son pays. Les journalistes canadiens ne sont pas non plus les bienvenus.

«Nous savons que les médias canadiens sont totalement biaisés en faveur d'une des deux parties du conflit, alors à quoi ça servirait?», a demandé M. Akbik.

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