POLITIQUE

Entrevue: Pauline Marois revient de loin

14/02/2012 06:52 EST | Actualisé 14/02/2012 06:52 EST
PC

QUÉBEC - «Sept ou huit mois d’épreuves»: ce sont les mots qu’utilise Pauline Marois pour qualifier sa récente traversée du désert. Poignardée par ses alliés, victime d’une tentative de putsch interne, reniée par sa diaspora politique, la chef du PQ ne réfute aucun des mots utilisés par le Huffington Post pour qualifier sa traversée. Et pourtant, elle ajoute: «On recharge les batteries, je repars avec énergie et détermination».

Pauline Marois sort de quatre jours de vacances consécutifs, un temps pour réfléchir à ce qui s’en vient. «Moi je ne suis pas une femme d’amertume, je ne l’ai jamais été, dit-elle. Je suis une femme qui aime regarder en avant.» Le temps de retrouver les raisons fondamentales qui justifient son action politique. «J’ai un rêve dans la vie et, étonnement, ce n’est pas de devenir premier ministre. C’est que le Québec devienne indépendant, qu’il devienne un état libre.»

Et pourtant, quelques semaines plus tôt, un autre questionnement a fait bien plus mal à l’âme de la politicienne: quitter ou partir ? «Oui, on se la pose la question, mais en même temps, lorsqu’on arrive à la fonction que j’occupe, c’est une question qu’on ne peut poser qu’à soi seulement, et qu’on ne peut partager avec personne […] en notre âme et conscience. Il faut être capable d’y répondre avec les éléments qu’on a en main pour le faire. Et moi, ma réponse a été claire.»

Référendum pour acheter la paix ?

Pour cimenter sa décision de rester, celle que certains ont baptisé la «dame de béton« réfute l’idée qu’elle ait pu acheter la paix au dernier Conseil national du PQ en acceptant ces fameux référendums d’initiatives citoyennes.

«Non! Ce n’est pas acheter la paix qu'agir de cette façon, réplique-t-elle. Ce fameux référendum, ça passera pas comme une lettre à la poste. […] Non non non, il y a un travail qui se fera d’éducation, d’animation et d’encadrement. Moi, je le vois comme un outil de plus dans nos instruments démocratiques.»

Sur un air de déjà vu, Pauline Marois répète que les rangs sont resserrés, que son parti est uni. Et davantage que d’une invitation à joindre les rangs, elle a carrément appelé les Curzi, Beaudoin, Lapointe pour les ramener à bord du navire. «Oui mon cher ! Je ne vous dirai pas tout ce que je fais, il y a des gestes concrets qui ont été posés.»

La CAQ, «prétentieux et arrogants»

Pauline Marois vient de passer en mode attaque. Le Plan Nord du premier ministre Jean Charest est un «manque de planification, un mirage qu’il fait miroiter sans en avoir attaché les fils», lance-t-elle. Pour le bonifier, elle pige dans les idées de François Legault: le Québec pourrait-il investir dans le Plan Nord ? «Oui, ça pourrait être une possibilité qu’on devienne investisseur, mais ça pourrait être l’État du Québec sans passer par l’intermédiaire qu’est la Caisse de dépôt pour prendre des participations.»

Ce qui ne l’empêche pas de critiquer le chef de la CAQ pour autant. «Je n'ai pas d’objection à ce qu’il puisse y avoir un droit de parole significatif en Chambre [pour la CAQ], mais de vouloir être l’opposition officielle, je pense qu’ils sont un peu prétentieux et même arrogants. Entre vous et moi, on a joué ce rôle-là et on l’a assez bien fait, merci. On n'a pas beaucoup de leçons a recevoir.»

L’élection, elle la préférerait à date fixe, ce qui mènerait les Québécois aux urnes en décembre 2012. Mais devant cette forte improbabilité, elle se dit plus que jamais prête au printemps.