NOUVELLES

La plateforme de forage en mer Ocean Ranger a sombré il y a 30 ans

14/02/2012 03:46 EST | Actualisé 15/04/2012 05:12 EDT

SAINT-JEAN, T.-N.-L. - Ray Hawco attendait en ligne, le 14 février 1982, pour prendre place à bord de ce qui allait devenir le dernier hélicoptère à jamais se rendre jusqu'à la plateforme de forage Ocean Ranger, au large des côtes de Terre-Neuve-et-Labrador.

Dix-sept passagers attendaient pour les 16 sièges disponibles ce jour-là, a-t-il rappelé à la veille du 30e anniversaire, mercredi, de la pire catastrophe du genre à être jamais survenue au Canada.

M. Hawco a raconté que le contremaître d'une équipe de trois soudeurs avait hâte de s'envoler à destination de cette gigantesque plateforme, à 300 kilomètres à l'est de Saint-Jean. «Il insistait pour dire que si les trois ne pouvaient pas y aller, alors aucun d'entre eux n'y irait», a-t-il dit. M. Hawco a donc accepté de leur céder sa place. «Ça a été la dernière navette», a-t-il ajouté.

Cet étrange destin tourmente encore M. Hawco, qui imagine la scène à bord de la plateforme quand un blizzard féroce a commencé à souffler, donnant naissance à des vagues aussi hautes qu'un édifice de cinq étages.

Une commission royale a plus tard identifié la réaction en chaîne qui a mené à la perte de l'Ocean Ranger. De l'eau de mer s'est tout d'abord infiltrée dans un panneau électrique vers 19 h 45, court-circuitant les jauges de lest et les pompes. Si un contre-hublot demeuré ouvert avait plutôt été fermé, toute la catastrophe aurait pu être évitée, mais rien dans les règles n'en obligeait la fermeture pendant une tempête.

Quand l'alimentation électrique a été rétablie, quelques heures plus tard, des circuits endommagés ont mené à l'ouverture des mauvaises valves de lest, ce qui a déséquilibré la plateforme. La réaction d'employés mal formés n'a fait qu'empirer les choses quand l'Ocean Ranger a soudainement commencé à s'incliner.

Un appel à l'aide a été lancé peu après 1 h, le matin du 15 février 1982. Le dernier message, transmis à 1 h 30, indiquait que les employés se dirigeaient vers les canots de sauvetage. La commission d'enquête a révélé que les hommes, certains vêtus très légèrement, ont évacué la plateforme au cours des 30 minutes suivantes, pendant que la tempête faisait rage.

Même par temps clément, les hélicoptères de secours auraient mis plus d'une heure à les rejoindre. Des navires qui se trouvaient à proximité étaient mal équipés pour venir en aide aux victimes. Un canot de sauvetage s'est renversé à côté d'un de ces navires à 2 h 38, a conclu la commission royale d'enquête. Il n'y avait aucun survêtement protecteur à bord de la plateforme — ils n'étaient pas requis par la loi — et l'accès aux canots de sauvetage était inadéquat, a ajouté la commission.

Des 84 membres d'équipage qui ont péri, 69 étaient Canadiens, dont 56 qui provenaient de Terre-Neuve. Les autres étaient originaires de la Louisiane, du Texas, du Mississippi et même de l'Angleterre.

Vers 5 h du matin, M. Hawco a reçu un appel de son patron. Il s'est ensuite rendu sur place pour aider à la coordination des opérations de secours.

«On savait que la plateforme avait coulé», a-t-il dit. L'espoir de retrouver des survivants a commencé à diminuer quand on a réalisé que l'Ocean Ranger, pourtant considéré comme une merveille d'ingénierie, était disparu.

La plateforme de forage semi-submersible flottait sur deux pontons longs de 122 mètres et son pont avait la taille de deux terrains de football. Propriété de l'Ocean Drilling and Exploration Company, de La Nouvelle-Orléans, et loué par la pétrolière américaine Mobil, il s'agissait de la plus grande plateforme en son genre — et du fleuron de l'industrie.

M. Hawco a expliqué que la province n'avait jamais envisagé une défaillance totale de la plateforme. «Le plan d'urgence n'avait jamais anticipé qu'on puisse perdre tous les employés à bord», a-t-il admis.

Les proches des victimes doivent se réunir mercredi dans une église de Saint-Jean, comme ils le font chaque année en souvenir des disparus.

Pour M. Hawco, la leçon de l'Ocean Ranger est claire: «Peu importe la technologie dont nous disposons, nous ne serons jamais plus forts que la nature».

PLUS:pc