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Un cadre du quotidien The Sun dénonce l'enquête policière

13/02/2012 08:11 EST | Actualisé 14/04/2012 05:12 EDT

LONDRES - Le rédacteur en chef adjoint du quotidien britannique The Sun y est allé d'une diatribe de 800 mots, lundi, sur l'enquête policière liée au scandale des écoutes électroniques qui a mené à l'arrestation de quelques-uns de ses plus éminents journalistes, la qualifiant de «chasse aux sorcières» menaçant «les assises mêmes de la liberté de presse».

Les critiques formulées par Trevor Kavanagh étaient dirigées vers les autorités policières et les politiciens, mais selon des observateurs du monde des médias, la formulation employée ne laissait aucun doute que sa colère visait aussi les lieutenants de Rupert Murdoch mandatés pour gérer le scandale, et peut-être même le grand magnat de l'empire lui-même.

Au lieu d'être convoqués pour des interrogatoires, écrit M. Kavanagh dans un texte publié en page éditoriale, 30 journalistes ont été inutilement sortis de leurs lits lors de descentes menées à l'aube, arrêtés et détenus dans des cellules de postes de police pendant que leurs résidences étaient mises sens dessus dessous.

Un titre rédigé en caractères gras ajoutait que cette «chasse aux sorcières» plaçait le pays derrière d'anciennes nations du bloc soviétique en matière de liberté de presse, une référence au classement de «Journalistes sans Frontières» qui place la Grande-Bretagne au 28e rang derrière d'anciens pays du bloc de l'Est tels la Pologne et la Slovaquie.

M. Kavanagh, l'un des journalistes politiques les plus influents de la Grande-Bretagne, a soutenu que l'ampleur de l'enquête policière sur le scandale des écoutes électroniques était disproportionnée par rapport aux présumées reproches et privait les services de contre-terrorisme britannique de certaines de leurs ressources à la veille des Jeux olympiques de Londres, cet été.

Les responsables du Scotland Yard ont nié cette allégation. La police a d'ailleurs émis un communiqué pour le moins inhabituel dans lequel elle précise le nombre d'enquêteurs affectés au dossier — 169 — et insiste que «jamais une enquête de grande envergure n'a été compromise par ces mesures».

L'enquête sur les présumés gestes illégaux au sein du défunt tabloïd «News of the World» et du quotidien «The Sun», deux journaux de l'empire Murdoch, a déjà mené à une série d'arrestations — incluant des policiers, des hauts dirigeants et de réputés journalistes de la presse tabloïde britannique. Personne n'a encore été accusé, mais l'enquête a révélé des actes préjudiciables généralisés, incluant l'interception de messages vocaux, le piratage d'ordinateurs et des paiements illicites à des employés du secteur public en retour d'informations privilégiées.

Après une tentative ratée d'enterrer le scandale, les dirigeants de Murdoch News Corp. ont nommé un comité de gestion et des normes pour faire la lumière sur la situation chez News International, filiale britannique de l'empire Murdoch. Le comité, qui se rapporte à Joel Klein, vice-président exécutif de News Corp. ont épluché des millions de courriels et autres documents dans l'espoir de faire oublier le scandale.

Un commentaire à l'effet que le temps était venu de «drainer le marécage», et associé à une source au sein du comité, a semé la colère parmi certains journalistes.

«'The Sun' n'est pas un marécage qui a besoin d'être drainé», écrit M. Kavanagh en guise d'amorce à son texte. «Pas plus que ces autres grandes publications de News International, 'The Times' et 'The Sunday Times'.»

Des observateurs pensent que cette réaction de M. Kavanagh visait précisément les membres du comité de gestion et des normes.

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