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L'industrie aérospatiale presse Ottawa de maintenir et même de bonifier son aide

13/02/2012 03:29 EST | Actualisé 14/04/2012 05:12 EDT

MONTRÉAL - À l'approche d'un budget fédéral austère, l'industrie aérospatiale québécoise croise les doigts pour qu'Ottawa ne sabre pas dans les programmes d'aide à la recherche et au développement (R & D).

«Quand on parle de révision des budgets (du gouvernement en matière de R & D), c'est clair qu'on a toujours des appréhensions», a déclaré lundi Gilles Labbé, grand patron d'Héroux-Devtek (TSX:HRX).

Dans un discours prononcé devant le Cercle canadien de Montréal, celui qui est également président du conseil d'administration d'Aéro Montréal a demandé à Ottawa de maintenir, voire d'«améliorer» les programmes d'appui à la R & D.

Le gouvernement conservateur examine actuellement ces programmes et compte annoncer des changements dans son budget, attendu le mois prochain. L'automne dernier, un groupe d'experts lui a remis un rapport sur le sujet qui recommande notamment de réduire le montant de l'aide fournie par le biais du crédit d'impôt fédéral pour la R & D.

Or, M. Labbé souhaite justement que ce crédit soit bonifié, de façon à ce qu'il soit remboursable même pour les entreprises qui ne déclarent pas de profits, comme c'est déjà le cas au Québec.

Ottawa scrute également à la loupe l'Initiative stratégique pour l'aérospatiale et la défense, le deuxième plus important programme fédéral en matière de R & D.

Quand les journalistes lui ont demandé pourquoi l'aérospatiale devrait être traitée différemment des autres secteurs, Gilles Labbé a répondu que cette industrie «génère beaucoup de richesse pour le pays», exportant pas moins de 80 pour cent de sa production.

Chasseurs F-35

Le dirigeant s'est par ailleurs montré peu inquiet de la décision de Washington de ralentir ses investissements dans le programme Joint Strike Fighter, qui prévoit la construction de quelque 3000 chasseurs F-35 au cours des prochaines décennies.

Héroux-Devtek, un important fabricant de trains d'atterrissage et de composants aéronautiques, fournit pour 750 000 $ de pièces sur chaque appareil F-35.

«C'est sûr qu'il va y avoir des impacts à court terme, mais même si les cinq prochaines années sont plus basses que prévu, on pense que globalement, il va y avoir une hausse au cours de ces cinq années-là. Elle sera plus modérée, mais il va quand même y avoir une hausse. Et après, évidemment, on anticipe une augmentation importante», a commenté M. Labbé.

La cadence de production du F-35 se situe actuellement autour de 30 avions par année, ce qui est bien loin de la vitesse de croisière prévue, soit 100 appareils par année.

Chez Héroux, on dit être en mesure de fabriquer suffisamment de pièces pour atteindre une cadence annuelle de 50 avions. Avant d'investir pour accroître sa capacité de production, l'entreprise devra recevoir des garanties de la part de Lockheed Martin, le maître d'oeuvre de l'ambitieux projet, a souligné Gilles Labbé lundi.

Ottawa s'est engagé à acquérir 65 F-35 au coût de 9 milliards $. Une vive controverse sévit depuis plusieurs mois quant aux importants dépassements de coûts qui risquent d'affecter le projet et, par conséquent, la facture du gouvernement.

De son côté, Washington compte acheter pas moins de 2400 F-35, une promesse qui tient toujours malgré le ralentissement des investissements annoncé récemment.

L'industrie aérospatiale canadienne est la cinquième en importance sur la planète, ce qui n'est pas banal pour un pays dont le budget de défense occupe le 15e rang mondial, a souligné M. Labbé.

Au Québec, où il est concentré, le secteur emploie quelque 40 000 personnes et a un chiffre d'affaires annuel de 12 milliards $.

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