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Sarkozy "fait du mal à la société", accuse Hollande

12/02/2012 08:25 EST | Actualisé 13/04/2012 05:12 EDT

PARIS - Le candidat socialiste à l'Elysée François Hollande a reproché dimanche au président Nicolas Sarkozy, qui devrait très prochainement se déclarer, de courtiser les électeurs du Front national, l'accusant de faire ainsi "du mal à la société".

Le député de Corrèze était interrogé sur Canal+ sur l'interview de M. Sarkozy publiée ce week-end par "Le Figaro Magazine". Dans cet entretien, le chef de l'Etat donne un coup de barre à droite: politique de l'immigration plus stricte, obligation pour les chômeurs d'accepter un emploi auquel ils auront été formés, non au mariage et à l'adoption par des couples homosexuels, non à l'euthanasie.

Invité de "Dimanche+", François Hollande y a vu une main tendue aux sympathisants d'extrême droite.

"Les formes qui ont été utilisées, les mots qui ont été employés, effectivement, laissent penser qu'il veut aller chercher des électeurs qui aujourd'hui se présenteraient plutôt pour aller vers Marine Le Pen", a estimé le candidat socialiste.

"Ca fait partie sans doute de sa tactique, mais ça fait du mal à la société", a reproché François Hollande. Nicolas Sarkozy "n'est pas n'importe quel candidat, il est le président sortant", a-t-il souligné. "Et le rôle d'un président, même jusqu'au bout, même candidat, c'est de rassembler le pays, c'est de l'élever, c'est d'éviter les stigmatisations, c'est de ne pas jouer avec les peurs".

"La meilleure réponse sera celle qu'apportera le peuple français lui-même", a considéré le candidat socialiste, qui caracole en tête des intentions de vote, à deux mois et demi de la présidentielle.

Après l'annonce cette semaine de l'implantation d'une usine Renault au Maroc, François Hollande a dénoncé "l'écart entre les paroles et les actes" de la majorité. "Au moment où on prononce des phrases définitives sur le 'produire français', eh bien voilà un acte qui se fait en toute impunité", a-t-il déploré.

La gauche aurait tenté de contrer cette décision, a-t-il assuré, rappelant que l'Etat est actionnaire minoritaire du constructeur automobile (15. "On aurait posé des règles, on aurait posé une stratégie", a-t-il affirmé. "L'actionnaire, s'il ne peut rien empêcher, il faut qu'il sorte de l'entreprise".

François Hollande s'est montré sévère sur les dernières propositions du chef de l'Etat concernant les étrangers. Nicolas Sarkozy a suggéré de modifier la Constitution pour que "la juridiction administrative (soit) seule compétente en matière d'immigration", à l'exclusion donc des tribunaux judiciaires. "c'est une nouvelle illusion", a asséné le candidat socialiste, considérant qu'il fallait au contraire donner davantage de moyens à la justice.

Lorsque la journaliste lui a demandé "donc c'est une question idiote que pose Nicolas Sarkozy?", François Hollande a immédiatement rétorqué: "ça peut lui arriver". Il s'est ensuite empressé d'ajouter: "il n'y a pas forcément une question idiote, mais c'est la réponse qui peut l'être".

Plus tard, évoquant les reconduites à la frontière, le candidat socialiste a estimé que "ce qui est stupide, c'est de fixer un objectif chiffré".

François Hollande a prôné pour sa part une régularisation des sans-papiers qui rempliraient trois critères objectifs: l'emploi, la famille et la durée de séjour sur le territoire. "Ceux qui sont dans ces critères doivent être régularisés", a-t-il déclaré, en assurant qu'il n'y aurait "aucun appel d'air". Selon lui, "il n'y aura pas forcément plus de régularisations" que les 30.000 prononcées actuellement chaque année. Et "ceux qui ne rentrent pas dans les critères seront forcément raccompagnés là où ils vivaient précédemment".

Interrogé sur les Roms, il a souhaité qu'"on règle le problème au plan européen". Il a aussi prôné une action de l'Etat pour "qu'il y ait des camps qui puissent être ceux de notre propre décision, c'est-à-dire éviter que ces populations s'installent n'importe où". AP

cb/mw

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