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Haïti: Le gouvernement Martelly aurait pu influencer le procès de Duvalier

11/02/2012 04:43 EST | Actualisé 12/04/2012 05:12 EDT

PORT-AU-PRINCE, Haiti - Avant que Michel Martelly ne soit élu à la présidence d'Haïti en mai 2011, le procureur en chef du pays avait recommandé que l'ancien homme fort de la Perle des Antilles, Jean-Claude Duvalier, subisse un procès en raison des violences qui ont caractérisé son règne de 15 ans.

Mais quand un juge a formulé une ordonnance la semaine dernière, celle-ci réclamait que M. Duvalier soit inculpé pour des crimes financiers seulement, ce qui ferait en sorte que l'ancien «président à vie» pourrait écoper d'un maximum de cinq ans de prison, en opposition à une peine d'emprisonnement à vie pour des crimes plus sérieux.

L'ordonnance de l'action en justice la plus importante de l'histoire d'Haïti, écrite d'une manière peu soignée et imprécise, contient de nombreuses erreurs factuelles. Un codéfendeur décédé depuis 15 ans et un deuxième, l'ancien décorateur de la famille Duvalier, mort en 2003, y sont nommés. Le juge a également cessé d'accepter des preuves après cinq mois d'enquête, et le procès a été relégué, à différents moments, à cinq procureurs du gouvernement chargés de mener l'enquête.

Les découvertes du juge à propos de la manière dont l'enquête a été menée ont alimenté les soupçons des avocats, des demandeurs et des partenaires internationaux, qui croient que l'administration Martelly, dont certains membres ont fait partie de l'ancien régime, a influencé le déroulement de l'enquête.

Selon la demanderesse et ancienne journaliste Michèle Montas, «il est évident que le gouvernement ne voulait pas que la cause avance», bien qu'elle ne sache pas si celui-ci a donné un ordre direct à cet effet. Mme Montas a été emprisonnée avant qu'elle et son mari, un commentateur radio, ne soient expulsés d'Haïti pendant le régime de Duvalier.

Mme Montas a conclu qu'il y avait là un «signal clair» qui indiquait que le changement de l'exécutif haïtien avait coïncidé avec un changement dans le «climat de la cause de Duvalier».

L'avocat du groupe états-unien Human Rights Watch, Reed Brody, a déclaré que M. Martelly avait clairement exposé son opinion à propos du sort de M. Duvalier.

«Le juge connaissait très bien la direction vers laquelle les vents politiques soufflaient, a-t-il affirmé. Dès le moment où le président Martelly a suggéré l'amnistie ou le pardon pour M. Duvalier et que le procureur de l'État a demandé à ce que les accusations soient abandonnées, les intentions du gouvernement sont apparues très claires.»

Le juge en charge de l'enquête Carves Jean, qui est ciblé par les critiques, a déclaré jeudi dernier qu'il maintenait sa décision.

«Les gens font du bruit pour des raisons politiques qui leur sont propres, a déclaré le diplômé de l'université d'Haïti. «Ce n'était pas une décision politique. C'était ma décision. Je suis un juge indépendant.»

Il a ajouté que les preuves n'avaient pas été acceptées après le mois de juin 2011 simplement parce qu'aucune preuve n'avait été soumise après cette date.

L'avocat haïtien Mario Joseph, du Bureau des avocats internationaux, soutient quant à lui que les témoignages de huit victimes qui ont fait état de torture et de séquestration ont été écartés par le juge.

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