POLITIQUE

Avortement : Stephen Woodworth porte l'étendard du conservatisme social

11/02/2012 05:12 EST | Actualisé 12/04/2012 05:12 EDT
CP

Le député conservateur Stephen Woodworth a fait face à un groupe de journalistes hostiles à sa cause, lundi dernier à l'Amphithéâtre national de la presse d'Ottawa. Il savait que sa tâche ne serait pas facile. « Je viens vous livrer un message qui suscitera la controverse », a-t-il dit en guise d'introduction.

Au mois de décembre, ce député natif de Kitchener, marié et père de trois enfants, a entrepris une tournée médiatique afin d'exprimer son avis que le foetus devrait obtenir le statut juridique d'être humain. Il a également déposé une motion exigeant la création d'un comité spécial ayant pour objectifs de déterminer le moment exact où un embryon devient un être humain, et d'anticiper les conséquences de cette reconnaissance juridique.

« Il vient un moment dans la vie où l'on doit s'engager à défendre la vérité », a ajouté M. Woodworth, espérant ainsi convaincre les journalistes. « Ne souhaitez-vous pas que vos lois soient fondées sur la vérité ? »

S'exprimant d'une voix calme et posée, M. Woodworth se défend bien de vouloir recriminaliser l'avortement. Il affirme vouloir susciter un débat public à propos de la définition légale de l'être humain, apparue il y a 400 ans et peu adaptée aux progrès de la médecine.

Or les défenseurs du droit à l'avortement sont très méfiants envers ce genre de tactique.

« Lorsque vous entendez le mot “débat”, c'est un message codé qui trahit une volonté de recriminaliser l'avortement », a affirmé Joyce Arthur, directrice générale de la Coalition pour le droit à l'avortement au Canada.

Selon Mme Arthur, l'engagement des groupes pro-vie à respecter les droits humains et les droits de la femme n'est que poudre aux yeux.

Pendant ce temps, les activistes des groupes pro-vie se disent incompris et ignorés par le gouvernement. Certains vont même jusqu'à traiter les membres du Parti conservateur d'hypocrites. C'est le cas de Mary Ellen Douglas, organisatrice nationale de la coalition Campaign Life.

« Les Conservateurs affirment que leurs députés ont une grande liberté d'expression. Mais de fait, le Cabinet du premier ministre envoie du personnel les intimider avant même qu'ils n'aient pu prononcer un mot. »

« Le débat sur l'avortement doit être rouvert depuis 40 ans », affirme Mme Douglas. « La législation actuelle n'aurait jamais dû être adoptée. De quoi le premier ministre a-t-il peur ? Il détient une majorité à la Chambre des communes, mais la question de l'avortement le taraude et il n'ose pas agir. »

La coalition Campaign Life agit à titre de lobbyiste auprès des députés fédéraux depuis plusieurs décennies. En période électorale, elle tente de soutenir les candidats opposés à l'avortement.

« Les députés devraient avoir la possibilité d'agir selon leur conscience », s'insurge Mme Douglas. « Lorsque je fais leur rencontre, plusieurs d'entre eux se disent opposés à l'avortement. Puis ils ajoutent qu'ils ne souhaitent pas imposer leur point de vue aux autres. Alors je leur réponds : “Nous vous élisons pour prendre position sur les questions sociales. Pas pour vous fondre dans la tapisserie !” »

Comme bien d'autres activistes pro-vie, Mme Douglas souhaite maintenant que les députés d'arrière-banc fassent entendre leur voix, profitant de la position de force que leur donne une majorité parlementaire. « Ils se sont tus durant plusieurs années, par crainte de perdre leur poste ou d'être réprimandés. Agir selon leur conscience leur demandera un peu de courage. »

Sans grande surprise, la motion déposée par M. Woodworth a fait craindre une fois de plus l'existence d'un « ordre du jour secret » au sein du Parti conservateur.

Or le gouvernement a pris ses distances de M. Woodworth avec une telle célérité que la plupart des médias ont décrit ce dernier comme étant indiscipliné.

En conférence de presse, ce dernier a paru décontenancé lorsqu'un journaliste l'a informé que le ministre de la Justice Rob Nicholson – connu pour son orientation pro-vie – venait tout juste d'émettre un communiqué promettant de ne pas rouvrir le débat sur l'avortement.

M. Woodworth est d'ailleurs resté muet lorsqu'interrogé sur les discussions qu'il aurait pu avoir avec le premier ministre Stephen Harper à cet effet. Il a également refusé de rapporter la nature des débats tenus avec les autres membres du caucus conservateur.

Au plus, il admet qu'un vaste éventail de points de vue ont été exprimés. « Certains députés m'ont ouvertement appuyé, d'autres non. Je n'ai fait l'objet d'aucune pression. »

« Ma motion est maintenant déposée. Je vais en assumer les conséquences, et je n'appréhende aucune catastrophe », a-t-il dit en riant nerveusement.

Chose certaine, des membres bien en vue du cabinet conservateur sont maintenant pris entre l'arbre et l'écorce. Les Vic Toews, Lynne Yelich et Jason Kenney (qui a refusé notre demande d'entrevue) devront voter contre leurs convictions religieuses, ou bien voter contre le gouvernement dont ils sont les principaux porte-paroles.

Heureusement, la motion semble avoir été suffisamment diluée pour ne pas provoquer de malaise trop prononcé. « Elle ne contient aucune modification législative. Elle n'apporte aucune réponse à des questions d'ordre moral et ne vise qu'à mettre sur pied un comité d'étude », a conclu le député de Kitchener.

Les ministres qui s'opposent à l'avortement

Rob Nicholson

Ministre de la Justice et Procureur général du Canada

Vic Toews

Ministre de la Sécurité publique

Peter Van Loan

Leader du gouvernement à la Chambre des communes

Jason Kenney

Ministre de la Citoyenneté, de l’Immigration et du Multiculturalisme

Gerry Ritz

Ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire et ministre de la Commission canadienne du blé

Ed Fast

Ministre du Commerce international et ministre de la porte d'entrée de l'Asie-Pacifique

Lynne Yelich

Ministre d’État (Diversification de l’économie de l’Ouest)

Gary Goodyear

Ministre d’État (Sciences et Technologie) (Agence fédérale de développement économique pour le Sud de l’Ontario)