Carnaval de Québec: une course de canots en fermeture

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Une famille s'amuse aux glissades de glace, lors du Carnaval de Québec. (CP/Francis Vachon)
Une famille s'amuse aux glissades de glace, lors du Carnaval de Québec. (CP/Francis Vachon)

QUEBEC, 10 février 2012 (AFP) - Le clou du grand carnaval d'hiver de Québec est une course en canot à glace, vieille tradition amérindienne devenue une sport extrême.

Face à la vieille ville francophone, des équipes ultra-entraînées, comprenant quatre rameurs et un barreur, se lancent à l'assaut des eaux gelées du fleuve Saint-Laurent, à bord de canots légers.

Vêtus de combinaisons isothermes en néoprène et chaussés de bottes à crampons, ils courent sur la glace, sautent dans leur embarcation dès qu'une voie d'eau s'ouvre devant eux, rament dans l'eau glacée, zigzaguent entre les blocs de glace qu'ils repoussent de leurs rames ou de leurs pieds.

Ces canotiers vivent un retour aux sources. A Québec, où le Saint-Laurent est large de près d'un kilomètre, les marées empêchent la formation de ponts de glace: pour joindre les deux rives, il a longtemps fallu affronter les courants en canot. Une traversée de tous les dangers, unique au monde.

Ce sont les premiers habitants du Canada, les Amérindiens, qui ont montré le chemin, à bord de frêles canots d'écorce, raconte l'ethnologue Richard Lavoie, auteur de "Naviguer en canot à glace". L'explorateur et chroniqueur français Samuel de Champlain les a vu traverser ainsi le fleuve en 1619.

Puis, à partir de la fin du XVIIIe siècle, des canots plus solides en bois sont arrivés. "C'étaient les taxis de l'époque. On faisait traverser des soldats, des prisonniers, des marchandises, et bien sûr des passagers", dit Richard Lavoie. La confrérie des canotiers était puissante et respectée.

Quatre siècles plus tard, la course des canots à glace est devenue un sport d'élite, passion de Québécois amateurs de sports extrêmes.
Sur la ligne de départ, sous le soleil mais par une température de moins 7 dégrés avec du vent, une cinquantaine d'équipes se mettent en ligne avec leurs canots en époxy et fibre de verre, pesant environ 120 kilos chacun. Le fond est enduit de fart pour mieux glisser sur les plaques de glace.

"Ouais c'est extrême, pour les non-initiés ça paraît pire que c'est" vraiment, dit Vincent Lord, de l'équipe Turf Pub, sponsorisée par un des pubs les plus populaires de Québec.

"Mais on n'a pas froid, on a même chaud. Puis on tombe dans l'eau, on remonte, on repart, on n'a pas le temps de se préoccuper de la température autour de nous."

Pour Jean Anderson, dont le bateau porte le nom du Château Frontenac, le château-hôtel de luxe emblématique de Québec, "le secret, c'est vraiment d'avoir de bons coéquipiers".

Et des conditions physiques optimales. Au signal, les canotiers s'élancent. Leur supporteurs restés sur la rive les encouragent, mais leurs cris enthousiastes ont peu de chances de traverser le fleuve.

Les concurrents ne pensent plus qu'au combat féroce qui les oppose à la glace et aux courants.

Il faut jouer sans cesse avec les caprices du fleuve. Ramer dans une veine d'eau, puis tirer, pousser vigoureusement, ramer encore. Arrivés sur l'autre rive, les équipiers crient: "Touché!"

Puis ils repartent dans l'autre sens. Les plus habiles bouclent deux aller-retour en 45 minutes.

L'épreuve est épuisante. Certains arrivent complètement essoufflés. D'autres pestent contre la poisse.

"On a cassé une rame, juste à la sortie", enrage Didier Voindrot, venu de France avec l'équipe Veolia, habituée de l'épreuve depuis 2005. Il râle car l'un de ses équipiers "a ramé trois fois, et l'a cassée."

Le capitaine de l'équipe française a découvert le sport à l'occasion d'un voyage au Québec. Les fleuves gelés étant rares dans l'Hexagone, elle s'entraîne avec un canot monté sur roulettes.

Le haut du podium est occupé par des habitués. Et la force des muscles visiblement n'est pas tout: le doyen de la course, Rénald Fortin, 68 ans, natif des bords du fleuve, est arrivé deuxième.

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