POLITIQUE

La sénatrice Hervieux-Payette se dit victime de la partisanerie des conservateurs

09/02/2012 01:23 EST | Actualisé 10/04/2012 05:12 EDT
PC

OTTAWA - Une querelle de chaises est le plus récent exemple de l'atmosphère qui règne sur la colline à Ottawa depuis que les conservateurs sont confortablement majoritaires au Parlement.

La querelle a opposé le sénateur conservateur Irving Gerstein à la sénatrice libérale Céline Hervieux-Payette.

«Je suis ici depuis 17 ans. Il est ici depuis trois ans», soulignait la sénatrice jeudi matin, encore outrée qu'on l'ait forcée à changer de chaise la veille.

La sénatrice est encore vice-présidente du comité sénatorial permanent des banques et du commerce, mais elle n'a plus le droit de s'asseoir à la table principale, à côté du président du comité, comme elle le faisait auparavant. Et c'est ce qui la met tant en colère.

Mercredi, M. Gerstein, nouveau président de ce comité, a forcé le déplacement de Mme Hervieux-Payette en ayant recours à une motion qu'il a fait adopter grâce à la majorité conservatrice au sein du comité.

«Ça s'est jamais vu!», a protesté la sénatrice, en entrevue, ajoutant qu'elle trouvait le geste «indélicat», «malheureux» et «même un peu indécent».

«Est-ce que c'est parce que je suis une femme? Est-ce que c'est parce que je viens du Québec et que nous ne votons pas pour les conservateurs?», a-t-elle demandé.

Le sénateur Gerstein a préféré ne pas s'expliquer. Son seul commentaire, lancé en quittant rapidement la salle de son comité jeudi, a été que «ce n'était qu'une question de procédure».

La sénatrice libérale a une autre interprétation.

«C'est symbolique. C'est tout simplement qu'on élimine quelqu'un qui n'est pas de son parti. C'est un geste partisan qui n'a pas sa place au comité des banques», a-t-elle dit.

La sénatrice déplore également le fait que M. Gerstein, qui ne parle pas français, va se priver de son aide lors des séances du comité.

Cette querelle de chaises n'est que le plus récent d'une série d'incidents qui poussent les libéraux à réclamer des assurances pour que la partisanerie soit exempte de l'exercice qui doit permettre de redessiner la carte électorale pour y ajouter 30 comtés.

«Nous n'avons pas confiance dans le Parti conservateur, a dit le leader parlementaire libéral Marc Garneau. Ce parti s'abaissera à n'importe quoi pour se donner un avantage électoral.»

M. Garneau dénonce ce qu'il appelle la partisanerie à l'extrême des conservateurs, soulignant les limites de débat qu'impose le gouvernement aux Communes et sa propension à forcer le huis clos pour les travaux des comités parlementaires.

Il a aussi rappelé l'affaire du «in and out» où le Parti conservateur a plaidé coupable aux accusations d'avoir dépassé les limites de dépenses électorales durant la campagne de 2006. Le sénateur Gerstein et trois autres dirigeants du parti avaient d'abord été accusés dans cette affaire, mais les procureurs ont retiré les accusations à l'issue d'une négociation de compromis avec la défense.