Le registre des armes, une politique «nazie» selon Larry Miller (VIDÉO)

Rifle Hunter

Première Publication: 7/02/2012 11:59 Mis à jour: 10/02/2012 10:39

OTTAWA - Un député conservateur a fait des liens surprenants entre Adolf Hitler et le registre des armes de chasse, mardi, lors du débat sur le projet de loi visant à l'abolir.

Larry Miller, un député ontarien d'arrière-ban, a rappelé en Chambre des citations de certains membres du Parti libéral pour étayer ses propos.

Selon lui, l'ex-ministre libéral de la Justice Allan Rock aurait déclaré dans le passé aux Communes qu'il «était arrivé à Ottawa avec la conviction que les seules personnes au Canada qui ont le droit d'avoir des armes à feu sont les policiers et les militaires».

«Cela vous rappelle quelque chose?», a alors demandé M. Miller au sujet de la supposée déclaration de M. Rock.

«Adolf Hitler, 1939», a-t-il lui-même répondu.

Peu après, il en a remis en citant l'ex-sénatrice libérale Sharon Carstairs, qui aurait indiqué à l'époque de la mise en place du registre que «l'enregistrement des fusils de chasse est le premier pas vers la 'réingénierie sociale' des Canadiens».

«Pouvez-vous croire cette affirmation? La réingénierie sociale des Canadiens! C'est ce que Adolf Hitler a essayé de faire dans les années 30», a-t-il lancé — les yeux sur ses notes manuscrites — sous les cris de protestation de certains députés présents en Chambre.

Une vidéo du député a presque instantanément été mise en ligne sur Youtube.

Le débat sur l'abolition du registre des fusils de chasse a ainsi repris de plus belle mardi, alors que le gouvernement conservateur a décidé de limiter les débats aux Communes sur ce projet de loi C-19.

Les troupes de Stephen Harper ont utilisé leur majorité en Chambre pour adopter une motion qui impose un débat d'une journée à l'étape du rapport et de deux jours en troisième lecture. Cent cinquante députés ont voté mardi en faveur de la mesure, contre 132.

Mais Larry Miller s'est excusé aux Communes immédiatement après la période des questions.

«Alors que les références au registre des armes et à ce que cet homme abominable a fait pour commettre ses crimes sont très claires, il était inapproprié d'utiliser son nom en Chambre et je m'excuse auprès de tous ceux que cela peut avoir offensé», a-t-il déclaré.

Le libéral Denis Coderre a aussitôt protesté contre la teneur des excuses. Il a accusé le député de s'être excusé d'avoir utilisé le nom d'Hitler, mais pas d'avoir comparé des libéraux au Führer. Le président de la Chambre n'est toutefois pas intervenu et les libéraux ont dû se contenter des excuses offertes.

Mais l'opposition souligne que les propos récités par M. Miller étaient écrits. Ils étaient manifestement réfléchis et non pas le fruit d'une déclaration spontanée qui aurait dépassé ses pensées.

Le chef libéral par intérim Bob Rae croit qu'on a forcé la main à M. Miller pour qu'il offre ses excuses.

«C'est une comparaison ridicule, gratuite et horrible. Quand je pense à toutes les vies qui ont été perdues, les Canadiens qui sont morts, à tous ces gens qui se sont battus dans la guerre contre Adolf Hitler», s'est-il indigné.

«Utiliser le mot Adolf Hitler c'est utiliser un mot de violence, un mot de haine, un mot qui clairement montre que sur le côté du gouvernement, ils ont perdu toute perspective sur cette question, à mon avis.»

Le députée néo-démocrate Françoise Boivin a dit avoir apprécié que M. Miller se soit excusé, mais croit que les excuses ne devraient pas être une permission pour dire n'importe quoi en Chambre.

«Mais ça montre que ce gouvernement-là, il y a rien à son épreuve», a-t-elle dit.

Le projet de loi C-19 éliminerait l'obligation d'enregistrer les armes d'épaule et les autres armes à feu qui ne sont ni restreintes ni interdites par la loi. Il prévoit aussi la destruction de toutes les données recueillies depuis la mise sur pied de ce registre.

Le projet de loi avait été déposé en octobre dernier et il a franchi le cap de la deuxième lecture en novembre, après une motion pour limiter le temps de débat.

Le gouvernement conservateur plaide que la suppression du registre fait l'objet d'un débat depuis des années et qu'il est temps de se prononcer sur son avenir.

Un autre député conservateur, Jim Hillyer, s'était récemment mis dans l'embarras en mimant des revolvers alors qu'il votait pour abolir le registre des armes de chasse. Les images du vote, mises en ligne le jour de la commémoration de la tuerie de l'École Polytechnique le 6 décembre dernier — mais filmées quelques semaines auparavant — avaient alors fait des vagues au Québec.

La vidéo du député Miller (en Anglais)
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Publié par Geoffrey Dirat  |