Plan Nord, notre dossier

Publication: Mis à jour:
Logo du Plan Nord (Capture d'écran)
Logo du Plan Nord (Capture d'écran)

«C’est pire qu’à l’époque de Duplessis», affirme Martine Ouellet, porte-parole de l'opposition en matière de mines. Cette affirmation, lourde de sens, fait référence aux politiques d’exploitation des ressources naturelles sous le premier ministre Maurice Duplessis (1936-1939, 1944-1959), qui soutenait que sans les investissements étrangers, il était impossible d’exploiter les ressources du Nord.

Le même scénario semble se répéter une décennie plus tard selon l'opposition péquiste. Le Plan Nord, qui compte s’étendre sur 25 ans, représente un investissement de 80 milliards de dollars. De cette somme, 47 milliards doivent être investis dans le volet énergétique.

Le Plan Nord propose 20 nouveaux projets miniers, (dont 11 déjà lancés), qui doivent totaliser des bénéfices de 10 milliards, et créer des dizaines de milliers d'emplois permanents, dont 11 000 dans la phase de construction.

L’Inde, la France, le Luxembourg, la Chine, et probablement d’autres à venir cherchent une part d’affaires importantes dans le secteur minier du Plan Nord. Bien que l’on en soit encore seulement à la phase exploratoire (que le gouvernement du Québec finance en grande majorité), des accords ont déjà été signés avec plusieurs minières étrangères, dont le géant indien Tata Steel, plusieurs compagnies européennes de la France, du Royaume-Uni, de la Suède et de l’Australie.

Un article de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) avance cependant que les investissements miniers ne bénéficient pas aux contribuables québécois. Ugo Lapointe, porte parole de la coalition Pour que le Québec ait meilleure mine, est du même avis. «Il y a eu des avancées dans le système de redevance des mines, mais ce n’est pas assez», estime-t-il.

Selon les chiffres obtenus par son organisme, moins de 10% des redevances minières reviennent aux Québécois. Le reste, aux actionnaires privés, et souvent étrangers. Selon M. Lapointe, il faudrait bonifier le système en appliquant un taux de redevance sur la valeur brute du minerai extrait plutôt que sur les profits.

Il propose aussi que l'État se porte copropriétaire des mines en devant actionnaire. «Le Québec finance jusqu’à 40% de l’exploration minière; il partage déjà les risques. Donc s’il trouve une mine, il serait normal qu’il tire des bénéfices des autres étapes».

Le mystère de l’énergie

Le Plan Nord est ambitieux: environnement, tourisme, exploitation des ressources, tout y est. Si les projets miniers sont élaborés, peu d'information circule concernant le volet énergétique. Québec s’est engagé à produire 3500 MW d’énergie, en hydroélectricité (3000 MW), en énergie éolienne (300 MW) et en autres sources d’énergies renouvelables (200 MW), comme les hydroliennes (même principe que les éoliennes, mais qui utilisent les courants marins pour produire de l’énergie).

Hydro-Québec sera certainement partie prenante de ces projets, mais la société d'État se fait discrète. Pas de chiffres officiels, pas de projets concrets, pas de déclarations publiques.

Et le social dans tout ça?

En présentant le Plan Nord, le sous-ministre au ministère des Ressources naturelles, Robert Sauvé, a voulu être clair: «Le Plan Nord, c’est une pyramide au sommet de laquelle il y a l’aspect social. Viennent ensuite le développement durable, puis industriel».

Ghislain Picard, chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec, explique que les communautés autochtones, qui sont 33 000 à habiter au nord du 49e parallèle, ne sont pas fondamentalement contre le développement de leur territoire, mais veulent participer aux négociations.

Pour l’instant, seules les communautés autochtones qui ont signé des ententes avec le gouvernement peuvent assister
aux pourparlers du projet. «Mais ceux qui n’ont pas signé les ententes ont tout de même des droits ancestraux sur le territoire, rappelle M. Picard. Comme c’est là, on s’enligne pour un plan comme la Baie-James.»

Les communautés locales espèrent une manne d'emplois. Sauf que beaucoup de travailleurs ne seront employés que pour l’extraction des minerais et l’installation des infrastructures. La raison: la transformation des matières premières se fait ailleurs.

«Le secteur minier est un marché très risqué pour les investisseurs étrangers, et très instable», explique Jean-Marc Lulin, de l’Association de l’exploration minière du Québec. Les entreprises préfèrent exploiter les ressources et les transformer à moindre coût ailleurs.

«À la vitesse à laquelle se développent les projets, nous n’aurons pas le temps de former la main-d’œuvre nécessaire, au nord comme au sud», affirme la députée Diane Ouellet. En plus de faire venir une part de main-d’œuvre qualifiée de l’étranger, la méthode du «fly-in, flyout» est également sur la table, qui consiste à faire venir des travailleurs «du sud» en avion pour des périodes de travail intense (jusqu’à 12 heures par jour) pendant une quinzaine de jours, leur donnant ensuite congé pour retourner dans leur famille.

Selon un article du Soleil, l’Université des langues étrangères de Pékin songe même à mettre sur pied des cours de français propres au secteur minier.

«C’est censé être le projet de tous les Québécois, mais jusqu’à maintenant, il n’y a eu qu’une cinquantaine de rencontres, et environ 400 personnes consultées. Il manque de données et d’information claire pour que l’on puisse prendre des décisions tous ensemble», souligne Ugo Lapointe.

En matière environnementale, le premier ministre Jean Charest a assuré que 20% du territoire du Plan Nord serait protégé d’ici 2020, et 50% d’ici 2035. Ces parties du territoire seraient vouées «à la sauvegarde de la biodiversité, à la mise en valeur du patrimoine naturel et à divers types de développement qui ne font pas appel à des activités industrielles.» Une nouvelle saluée par Christian Simard, directeur de Nature Québec, qui avait recommandé, lors des audiences publiques sur la protection de l’environnement, de protéger 12% du territoire.