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Jean Charest annonce des mesures pour la protection de 50 pour cent du Nord

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JEAN CHAREST PLAN NORD
Jean Charest consacre beaucoup d'énergie au Plan Nord. (Photo PC, archives) | AFP/Getty Images

MONTRÉAL - La moitié du territoire du Plan Nord sera mis à l'abri des activités industrielles afin d'être consacré à la protection de l'environnement et à la sauvegarde de la biodiversité d'ici 2035, a annoncé dimanche le premier ministre Jean Charest en conférence de presse à la Maison du développement durable à Montréal.

Accompagné du ministre de l'Environnement, Pierre Arcand, M. Charest a dévoilé les six nouvelles orientations, résultats d'une vaste consultation publique menée entre août et novembre 2011, qui guideront le gouvernement dans ses efforts pour respecter son engagement à préserver 50 pour cent des terres situées au nord du 49e parallèle.

Le premier ministre a notamment révélé que 20 pour cent du territoire serait constitué d'aires protégées, dont 12 pour cent dans la forêt boréale continue, d'ici 2020. Il s'agit d'une amélioration par rapport à la cible établie dans ce domaine lors du dévoilement du Plan Nord en mai dernier, qui s'élevait à 12 pour cent avec 2015 comme date butoir.

La réalisation de cet objectif sera l'occasion pour le Québec de faire d'une pierre deux coups en lui permettant de se conformer à la cible internationale énoncée à la Convention de Nagoya en 2010, qui demande que 17 pour cent de l'ensemble du territoire terrestre des signataires de l'accord soit destiné à la conservation.

Pour ce qui est du 30 pour cent restant, Jean Charest a précisé que sept projets pilotes seraient mis en place afin d'explorer de nouvelles façons de conjuguer protection de l'environnement et développement non industriel, et d'améliorer les connaissances écologiques et environnementales des terres nordiques.

«Ces projets vont nous permettre d'ici 2020 d'aller sur le terrain et de travailler avec les gens pour déterminer de quelle façon nous allons passer de 20 à 50 pour cent, a-t-il expliqué. C'est une étape importante que nous devons faire en collaboration avec les personnes qui habitent le territoire, particulièrement les Premières Nations.»

Le gouvernement souhaite aussi amorcer la planification écologique du territoire du Plan Nord dès l'an prochain, proposer sous peu une nouvelle loi encadrant la conservation du patrimoine naturel et le développement durable dans la région et élaborer une stratégie de mise en oeuvre claire.

Afin de tenir compte de l'évolution des enjeux scientifiques, sociaux et écologiques, le processus fera l'objet d'un bilan et d'une consultation publique en 2020 et en 2030 afin que les cibles et les objectifs soient révisés au besoin.

Réactions mitigées

L'annonce de dimanche a reçu un accueil plutôt favorable de la part de plusieurs groupes écologiques, qui avaient été nombreux à dénoncer l'automne dernier l'apparente volte-face du gouvernement Charest concernant sa promesse d'interdire toute activité industrielle sur le territoire protégé.

«C'est une nette avancée par rapport à ce qui avait été énoncé au début», a déclaré Suzann Méthot, directrice de la section québécoise de l'Initiative boréale canadienne et membre de la Table des partenaires, comité qui conseille Québec sur le dossier.

Elle déplore toutefois le fait que Jean Charest n'ait pas encore donné de chiffres pour le budget qu'il entend consacrer à la réalisation de son engagement.

«Il a parlé de 500 millions $ pour le développement économique et ce serait la moindre des choses que le volet écologique du Plan Nord reçoive un budget aussi substantiel», a fait valoir Mme Méthot.

«Il faudrait aussi que le gouvernement valide les orientations auprès des Premières Nations et des Inuits, même s'ils ont participé à la consultation publique, et qu'il s'assure que l'exploration minière fasse l'objet d'une évaluation environnementale au même titre que l'exploitation.»

De son côté, Mélanie Desrochers, responsable de la division des aires protégées pour Nature Québec, s'est réjouie que la superficie des zones protégées ait été revue à la hausse.

«C'était l'une des recommandations que nous avions présentées dans notre mémoire lors de la consultation publique», a affirmé Mme Desrochers, dont l'organisme est déjà impliqué dans deux des sept projets pilotes annoncés dimanche.

«Nous sommes aussi heureux que le gouvernement ait abandonné le concept de 'réserves de terres de capital nature', où l'exploration minière et la coupe forestière auraient été permises, a-t-elle indiqué. Nous avons soulevé des choses et nous avons l'impression d'avoir été entendus.»

Pour Nicolas Mainville, responsable des Forêts et du Plan Nord pour Greenpeace, Québec ne va pas assez loin dans ses résolutions, particulièrement en ce qui concerne la conservation de la forêt boréale.

«Douze pour cent d'aires protégées dans la forêt boréale, c'est un engagement que Jean Charest avait pris en 1992 à la Convention de Rio lorsqu'il était ministre fédéral de l'Environnement», a-t-il souligné.

«C'est un peu ironique de le voir proposer la même cible 20 ans plus tard et c'est un statu quo qui, selon nous, devrait être dénoncé.»