Haïti: l'ex-président Duvalier rattrapé par la justice

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Première Publication: 30/01/2012 14:51 Mis à jour: 31/01/2012 08:13

PORT-AU-PRINCE, Haïti - Un juge haïtien a dit lundi recommander que Jean-Claude Duvalier subisse un procès pour des actes de corruption, mais pas à l'égard d'accusations plus graves de violations des droits de la personne durant son règne brutal de 15 ans.

Le juge d'instruction Carves Jean a affirmé que le délai de prescription s'est écoulé concernant les violations des droits de la personne survenues alors que l'ancien dirigeant connu sous le nom de «Baby Doc» présidait aux destinées du pays dans les années 1970 et 1980.

Le magistrat a indiqué qu'il recommanderait que le procès pour corruption soit mené par un tribunal spécial qui s'occupe d'infractions relativement mineures.

L'ancien dictateur haïtien, qui était libre de ses mouvements dans la capitale depuis son retour surprise d'exil l'année dernière, ne risquerait pas plus que cinq ans d'emprisonnement.

Le juge n'a pas explicité sa décision, mais selon plusieurs, «Baby Doc» aurait utilisé des fonds publics haïtiens pour financer sa vie en exil.

Carves Jean n'a pas publié le verdict, établi après une enquête d'un an, affirmant qu'il devait d'abord être consulté par le procureur général, de même par Duvalier et les victimes de son régime ayant déposé des poursuites contre l'ex-dictateur.

L'avocat de Duvalier, Reynolds Georges, qui avait argué que la cause devait être rejetée complètement étant donné le délai de prescription expiré sous toutes les accusations, a dit avoir l'intention de déposer un appel dès la réception des documents.

«Nous allons porter la décision en appel... et la jeter aux ordures», a affirmé Me Georges à l'Associated Press.

Jean-Claude Duvalier avait été 25 ans en exil, la plupart de ce temps ayant été passé en France.

Haïti compte un système judiciaire chancelant, avec peu de causes menées à terme même dans des cas simples de criminalité, et le gouvernement est surtout préoccupé par la reconstruction du pays ravagé par un séisme en janvier 2010.

Une majorité d'Haïtiens sont trop jeunes pour avoir vécu sous le régime Duvalier, mais plusieurs se souviennent très bien de ces conditions de détention horribles et de la milice spéciale violente, connue sous le nom de Tonton Macoute, ayant tué et torturé des opposants politiques en toute impunité.

Plus de 20 présumées victimes ont porté plainte depuis le retour en Haïti de Jean-Claude Duvalier. Certains sont des personnalités publiques, notamment Robert Duval, un ancien joueur de soccer qui affirme avoir été battu et privé de nourriture pendant ses 17 mois de détention dans la prison de Fort Dimanche.

Lundi, M. Duval a dit avoir été stupéfait lorsqu'il a été prévenu de la décision du juge. Il ne savait pas s'il la porterait en appel.

«Je ne comprends pas comment il a pu faire ça», a indiqué M. Duval en entrevue téléphonique. Si c'est le cas, c'est une décision scandaleuse.»

Le dossier trébuche depuis le tout début. Des procureurs ont été renvoyés et l'accusé a fait peu d'apparitions au tribunal, malgré les pressions de groupes de défenses des droits de la personne affirmant qu'un procès représenterait un point tournant pour le système judicaire haïtien.

La force de paix des Nations Unies en Haïti avait affirmé avoir hâte que le dossier aboutisse à un procès, mais les ambassades occidentales à Port-au-Prince, dont celle des États-Unis, ont été plutôt silencieuses à ce sujet, arguant que la décision revenait au gouvernement haïtien.

De son côté, le président de Haïti, Michel Martelly, a envoyé des signaux contradictoires. La semaine dernière, le président s'est rétracté d'une déclaration faite la veille, selon laquelle M. Duvalier pourrait obtenir un pardon pour mettre un terme aux luttes internes qui minent le pays depuis longtemps.

Un conseiller présidentiel a indiqué «qu'un pardon pour M. Duvalier n'est pas au calendrier.»

L'organisation Human Rights Watch a demandé lundi de porter la décision du juge en appel.

«Ceux qui ont été torturés sous le régime Duvalier, ceux dont des proches ont été tués ou ont simplement disparu méritent mieux que cela, a indiqué le conseiller de Human Rights Watch, Reed Brody, par courriel. Ce jugement buté doit être renversé pour que les Haïtiens puissent croire que leur système judicaire peut enquêter sur les crimes les plus sordides.»

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Publié par PC  |