Prothèses PIP: les victimes «soulagées» par la mise en examen de Jean-Claude Mas

Jeanclaude Mas

Première Publication: 27/01/2012 13:18 Mis à jour: 14/02/2012 15:31

Au lendemain de la mise en examen de Jean-Claude Mas, le président fondateur de la société Poly Implant Prothèse (PIP), pour "blessures involontaires", les victimes ont crié leur "soulagement" vendredi au tribunal de grande instance de Marseille.

Selon Me Yves Haddad, l'avocat de Jean-Claude Mas, son client âgé de 72 ans a émis "des regrets".

Convoquée par la juge Annaïck Le Goff chargée du dossier, Alexandra Blachère, présidente de l'Association des femmes porteuses de prothèses PIP, a toutefois déploré la remise en liberté de l'ex-gérant de la société aujourd'hui en liquidation judiciaire.

"La justice française est un peu trop clémente. Quand je vois le laxisme à l'égard de ce monsieur, là où un petit délinquant de quartier va être placé immédiatement en détention, je trouve cela anormal. Qu'il soit libre d'aller et venir, ce n'est pas suffisant", a-t-elle déclaré vendredi.

"Il n'a absolument exprimé aucun remords, aucune parole envers les victimes. Je n'en suis pas étonnée. Il reste toujours sur la même ligne de défense. Il reconnaît la fraude, mais pour lui ses prothèses ne sont pas plus dangereuses que d'autres", a-t-elle ajouté.

Pour l'avocat de l'association, Me Philippe Courtois, "on peut réellement avoir un doute sur les regrets de M. Mas". Me Courtois a dit comprendre l'absence, pour l'heure, de mise en examen du patron de PIP pour "homicides involontaires", dans la mesure où "on a besoin d'expertises pour déterminer le lien de causalité entre le gel et les cancers". Mais le conseil s'est étonné du contrôle judiciaire imposé à Jean-Claude Mas, qui dispose d'un délai d'un an pour acquitter la caution de 100.000 euros imposée par le juge.

Me Courtois a aussi déploré l'absence de contrôle suffisant de la société allemande Tüv, qui certifiait les prothèses: "Elle devrait arrêter de croire que cette fraude était extraordinaire. Elle pouvait pousser ses contrôles plus loin". Quant à l'Agence française de sécurité des produits sanitaires (AFSSAPS), "elle ne peut plus se retrancher derrière le fait qu'elle ne savait pas", a-t-il insisté. Elle devra expliquer pourquoi elle a mis autant de temps avant de se rendre chez PIP".

Interrogé vendredi par l'Associated Press, Me Laurent Gaudon, qui représente une cinquantaine de patientes françaises et affirme que des cabinets d'avocats du Brésil et d'Australie l'ont contacté également sur ce sujet, a dit sa détermination à agir au nom de ses clientes.

"Ma logique est d'attaquer sur tous les fronts, au pénal et au civil. Si on gagne au pénal, on aura peu de risques d'obtenir de l'argent, compte tenu de la faillite de PIP, alors qu'au civil on peut reprocher des fautes à Tüv dont le chiffre d'affaires est de 1,5 milliard par an, ainsi qu'aux chirurgiens esthétiques", a expliqué l'avocat.

"Symboliquement, on ne voit pas Jean-Claude Mas dans une villa, les pieds dans l'eau, sur la French Riviera. Mes victimes n'arrivent pas à trouver le sommeil, elles ont peur d'avoir le cancer. Et chaque fois qu'elles voient Jean-Claude Mas à la télé, elles imaginent qu'il est bien confortablement installé dans sa villa", a-t-il insisté.

Jean-Claude Mas a recouvré la liberté vendredi peu après minuit après sa mise en examen. Claude Couty, numéro deux et directeur général de PIP, a également été mis en examen vendredi pour "blessures involontaires" et placé sous contrôle judiciaire avec l'obligation identique à celle imposée à M. Mas de verser une caution de 100.000 euros, a précisé le procureur de la République de Marseille, Jacques Dallest.

MM. Mas et Couty ont en outre l'interdiction de se livrer à toute activité professionnelle liée à la fabrication ou à la mise sur le marché de tout dispositif de santé. Le placement en détention provisoire des deux hommes n'était pas juridiquement possible, a expliqué le procureur, compte tenu que la peine maximale encourue pour "blessures involontaires" est d'un an de prison ferme.

Un premier procès PIP pour "tromperie aggravée" est attendu à l'automne prochain à Marseille. Il pourrait accueillir plus de 3.000 victimes et coûter entre 200.000 et 400.000 euros, révèle le quotidien "La Provence" dans son édition de vendredi. Les prévenus encourent des peines qui peuvent aller jusqu'à quatre ans de prison ferme et de fortes amendes. AP

xnis/st

SUIVRE LE Québec

Publié par Patrick White  |