Hamed Shafia: «stupide», mais innocent?

Hamed Shafia Honour Killing Trial

Première Publication: 25/01/2012 13:23 Mis à jour: 13/02/2012 10:38

KINGSTON, Ont. - Hamed Shafia, l'un des trois coaccusés des meurtres de quatre femmes de la famille, a fait preuve de «stupidité» et d'une «morale répréhensible», mais ni lui ni ses parents ne méritaient de se retrouver dans ce scénario «kafkaïen», a plaidé l'avocat du jeune homme, mercredi.

Le jeune Hamed, âgé de 21 ans, et ses parents Mohammad Shafia, âgé de 58 ans, et Tooba Yahya, âgée de 42 ans, ont tous plaidé non coupable à quatre chefs d'accusation de meurtre prémédité. La Couronne a plaidé la thèse du «crime d'honneur», du moins pour les trois adolescentes mortes.

L'avocat de Hamed Shafia, Me Patrick McCann, a indiqué aux jurés mercredi qu'ils ne pouvaient que conclure à un «tragique accident» pour expliquer la mort des soeurs Zainab, Sahar et Geeti — âgées de 19, 17 et 13 ans —, et de Rona Amir Mohammad, âgée de 52 ans. Un tragique accident dont son client a été témoin.

«Hamed est couple d'avoir été stupide, moralement incompétent, mais, à part cela, il n'était pas responsable de la mort des victimes, tout comme ses parents ne sont pas non plus responsables, et il est temps de mettre fin à ces deux années et demie dignes de Kafka qu'ils ont dû endurer depuis leur arrestation», a déclaré Me McCann.

Les quatre corps ont été retrouvés le 30 juin 2009 à bord d'une voiture au fond d'une écluse du canal Rideau à Kingston, où la famille montréalaise s'était arrêtée en revenant d'un voyage à Niagara Falls.

Quatre mois après l'arrestation des membres de la famille, le 22 juillet 2009, Hamed a mentionné à un étudiant universitaire engagé par le père Shafia en tant qu'enquêteur privé qu'il se trouvait sur les lieux de la découverte des corps lorsque la voiture a plongé dans le canal. Il a ajouté qu'il les avait suivies à partir du motel parce qu'il s'inquiétaient pour elles. Il a embouti leur véhicule près du lieu de l'accident, a-t-il dit, et il ramassait des pièces de phare lorsqu'il a entendu un bruit d'impact dans l'eau et a couru vers le bord du canal, y échappant des pièces sur les lieux.

Il aurait ensuite crié le nom de ses soeurs et de la première femme du père Shafia avant de lancer une corde dans l'eau, mais, ne notant aucun signe de vie, il est finalement rentré à Montréal sans alerter la police.

Ne pas appeler la police était une très mauvaise décision, a dit Me McCann, mais [son client] était effrayé.

Lorsqu'il a tenté de dire la vérité, plus tard, la police ne l'a pas cru.

La Couronne soutient cependant que cette histoire est une «pure fabrication» inventée par Hamed dans une tentative d'expliquer les preuves. Elle allègue par ailleurs que les filles et la première femme de Shafia étaient mortes, ou du moins incapables de se défendre, avant de tomber dans le canal.

Il a été suggéré par la défense que la théorie de la Couronne veut que les quatre personnes aient été noyées dans l'un des autres plants d'eau à proximité avant d'être placées dans la voiture.

Me McCann et les avocats des deux autres accusés ont tourné cette notion en ridicule.

«Comment cela aurait-il pu être fait?, a demandé Me McCann. Si l'on tente d'établir la faisabilité de la chose, le tout n'est pas plausible. Il est tout simplement impensable que vous puissiez faire une telle chose. Quatre personnes différentes, silencieuses comme des agneaux s'en allant à l'abattoir... Ces femmes n'étaient pourtant pas des agneaux qu'on envoie à l'abattoir.»

L'avocat du jeune homme a aussi soutenu, plus tôt mercredi, que la preuve relatant les dénonciations des adolescentes aux autorités n'était pas fiable, et que les filles avaient tendance à mentir.

Il n'y a pas de preuve qui vienne contredire le témoignage d'Hamed, a déclaré son avocat.

La procureure de la Couronne Laurie Lacelle s'est inscrite en faux face à cette affirmation au début de sa plaidoirie finale, qui doit se poursuivre jeudi. L'histoire de Hamed ne peut expliquer pourquoi les sièges étaient complètement penchés vers l'arrière, a-t-elle dit. Il ne serait pas naturel de conduire de cette manière.

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Publié par Jean-Philippe Cipriani  |