DIVERTISSEMENT

L'éternité pour Théo Angelopoulos

25/01/2012 07:46 EST | Actualisé 26/03/2012 05:12 EDT
AFP/Getty Images

Le cinéaste grec Théo Angelopoulos, qui avait remporté la Palme d'Or à Cannes en 1998 pour "L'Eternité et Un Jour", a été tué mardi dans un accident de la circulation alors qu'il travaillait sur son dernier film. Il avait 76 ans.

Selon des sources policières et hospitalières, Angelopoulos a succombé à de graves blessures à la tête. Il a été renversé par une moto en traversant la route près du port du Pirée, à Athènes. Le motard, qui a été blessé et hospitalisé, a ensuite été identifié comme étant un policier. Il ne se trouvait pas en service au moment de l'accident, survenu alors qu'Angelopoulos venait d'entamer le tournage de son prochain film, "L'autre Mer".

Au cours de sa carrière, le réalisateur a remporté de nombreuses récompenses pour son oeuvre, principalement lors des festivals de cinéma européens. En 1995, il avait remporté le Grand Prix du jury au festival de Cannes pour "Le Regard d'Ulysse", avec l'acteur Harvey Keitel. Trois ans plus tard, il raflait la plus prestigieuse récompense du festival, la palme d'Or, pour "L'Eternité et un jour", avec l'acteur suisse Bruno Ganz.

Né à Athènes en 1935, Théo Angelopoulo a vécu l'occupation nazie de la Grèce pendant la Seconde Guerre mondiale puis la guerre civile de 1946 à 1949, deux épisodes qui constituent des thèmes récurrents de ses films. Il a étudié le droit à l'université d'Athènes avant de s'en lasser et de se rendre en France, où il a étudié le cinéma à l'Institut des hautes études cinématographiques (IDHEC).

A son retour en Grèce, il travaille comme critique de cinéma pour un petit journal de gauche, avant de se lancer dans une carrière de cinéaste pendant la dictature des colonels (1967-74). Souvent contemplative, l'oeuvre de Théo Angelopoulos fait la part belle aux thèmes qui ont secoué l'histoire récente de la Grèce: la guerre, l'exil, l'immigration et les divisions politiques.

Son oeuvre trouve surtout un écho auprès des cinéphiles, avec des acteurs établis comme Marcello Mastroianni et Jeanne Moreau dans deux de ses films les plus acclamés: "L'Apiculteur" et "Le Pas suspendu de la cigogne". Paysages désolés, rythme lent et longues séquences sans dialogue... Ses films semblaient parfois obscurs au grand public.

Lors d'une de ses rares apparitions à la télévision l'an dernier, Théo Angelopoulos avait précisé que son prochain film serait consacré à la crise financière. Il avait appelé les partis grecs à travailler ensemble pour adoucir les difficultés de nombreux Grecs.

"Je reste un gauchiste en pleine confusion", avait-il déclaré à la chaîne publique NET, dans une interview accordée quelques mois avant l'accord entre la majorité et l'opposition pour la formation d'un gouvernement de coalition. "C'est une situation d'urgence. Nous devons en être conscients (...) J'ai peur de ce qui nous attend". AP

ir/v64/st