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Libre-échange avec l'UE: villes et sociétés d'État pourraient devoir s'ouvrir

25/01/2012 02:36 EST | Actualisé 26/03/2012 05:12 EDT

DAVOS, Suisse - Les entreprises québécoises pourraient bientôt faire face à des concurrents européens lorsqu'elles répondront à des appels d'offres lancés par des municipalités et des sociétés d'État québécoises.

En plus de couvrir le gouvernement fédéral et les provinces, l'accord de libre-échange que le Canada négocie actuellement avec l'Union européenne pourrait également toucher les municipalités et les sociétés d'État, a confirmé mercredi Jean Charest.

Le premier ministre réagissait ainsi à la sortie du Réseau québécois sur l'intégration continentale (RQIC) et de l'Institut de recherche en économie contemporaine (IREC), qui ont obtenu des documents confidentiels détaillant les positions que défendent le Québec et le Canada dans le cadre de ces pourparlers.

«La question de l'accès aux marchés publics, ç'a toujours fait partie des négociations», a rappelé M. Charest en entrevue à La Presse Canadienne à Davos, en Suisse, où il participe à la réunion annuelle du Forum économique mondial.

«On est dans le dernier droit des négociations, alors on s'attend à ce qu'il y ait des pressions (de la part de l'UE), mais on va s'assurer qu'il y ait de la réciprocité dans cette entente-là, a-t-il ajouté. C'est ça qui est important. (...) On va faire le nécessaire pour protéger autant que possible nos marchés publics et nos intérêts régionaux, mais il va y avoir — c'est sûr — du 'give and take' de part et d'autre.»

Hydro-Québec et ses lucratifs contrats resteront toutefois hors de portée des compagnies européennes, a tenu à préciser le bureau de Jean Charest.

En échange de la concurrence accrue qu'elles pourraient subir sur leur territoire, les entreprises québécoises auraient la possibilité de soumissionner pour des contrats offerts par des villes et des sociétés d'État européennes, a plaidé M. Charest.

«Quand on fait une entente qui donne accès à un marché de 500 millions d'habitants, c'est pas mal intéressant pour nos entrepreneurs, a-t-il noté. Il va y avoir d'excellentes occasions d'affaires pour les entreprises québécoises à travers cette entente-là. Nous, on y croit fondamentalement.»

Jean Charest reconnaît que l'actuelle crise des dettes publiques en Europe jette une ombre sur ce projet dont il a été l'initiateur lors du sommet de Davos de 2007.

«Mais ça c'est aujourd'hui alors que ce que nous avons entamé, c'est une démarche à long terme qui va avoir des bénéfices pour le Québec», a insisté M. Charest.

Aussi réfute-t-il les critiques des détracteurs d'un traité avec l'Europe, soutenant que le Québec et le Canada sont «sortis grands gagnants» de l'Accord de libre-échange nord-américain.

«Il y a une leçon à tirer de la crise actuelle: le Québec, comme le Canada, est trop dépendant du marché américain, a-t-il affirmé. Il faut diversifier. Et diversifier, ce n'est pas uniquement avec les économies émergentes, c'est aussi avec les économies riches qui existent déjà.»

Culture

Le premier ministre a néanmoins reconnu que des divergences subsistaient encore à propos de la protection de la diversité culturelle dans l'éventuel accord de libre-échange.

«Il est entendu qu'il y (aura) une protection, a-t-il assuré. C'est la façon de l'exprimer dans le texte qui fait l'objet de discussions. (...) Nous autres, on veut la formulation la plus directe possible. Les Européens ont une (autre) façon de voir ça. (...) On va s'entendre; il s'agit juste de trouver la bonne formule.»

En revanche, Jean Charest ne voit pas de problème particulier sur la question de l'eau. L'exportation massive de cette ressource est déjà interdite par la législation québécoise et il n'est pas question de revenir là-dessus, a-t-il martelé.

Même confiance à propos du système canadien de gestion de l'offre, qui protège les producteurs de lait, de volaille et d'oeufs de la concurrence étrangère. L'UE, qui subventionne lourdement son secteur agricole, aurait accepté son maintien.

Selon le RQIC, les négociations en cours risquent de faire en sorte que Québec et Ottawa livrent «d'importants domaines de compétences provinciale et municipale à la dynamique du 'libre marché' et aux intérêts des grands investisseurs privés européens».

«Cela représente des services publics majeurs et ouvre la voie à la privatisation, a dit Claude Vaillancourt, porte-parole du RQIC, dans un communiqué. Nous exigeons la suspension des négociations.»

Or, Québec et Ottawa espèrent qu'une entente pourra être conclue avec l'Europe d'ici la fin juin.

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