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Loi sur le génocide arménien: Ankara menace la France de mesures de rétorsion

24/01/2012 02:41 EST | Actualisé 25/03/2012 05:12 EDT

ANKARA, Turquie - La Turquie a menacé mardi de prendre des «mesures» de rétorsion contre la France en cas de promulgation de la loi visant notamment à pénaliser la négation du génocide arménien, définitivement adoptée lundi soir par le Sénat français. Le chef de la diplomatie française Alain Juppé a appelé «nos amis turcs au sang froid» et leur «tend la main».

Le texte déjà approuvé par l'Assemblée nationale le 22 décembre a été voté dans les mêmes termes par le Sénat, par 127 voix pour et 86 contre. Pour être applicable, la loi doit encore être promulguée par le président de la République, et paraître au Journal officiel. Elle pourrait aussi être soumise au Conseil constitutionnel, dans l'hypothèse où un recours serait déposé.

Le texte, destiné à pénaliser la négation des génocides reconnus par la loi française, prévoit un an d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende. Il suscite de vives tensions entre Paris et Ankara, la Turquie ayant toujours refusé de reconnaître le génocide arménien (1915-1917).

Aussitôt après l'adoption du texte par l'Assemblée en décembre, le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a suspendu les relations diplomatiques, économiques et militaires entre les deux pays et a brièvement rappelé son ambassadeur en France. Le vote de la proposition de loi résulte d'une attitude «raciste et discriminatoire» envers la Turquie, a estimé M. Erdogan mardi.

La Turquie prendra des sanctions contre la France si cette loi est promulguée, a-t-il averti sans fournir de précisions sur les mesures de rétorsion envisagées.

Le ministère turc des Affaires étrangères a de son côté condamné «avec véhémence» l'adoption par le Sénat de la proposition de loi, estimant qu'il s'agissait d'un «exemple d'irresponsabilité». La Turquie est «déterminée à prendre toutes les mesures nécessaires», souligne le ministère sans fournir de plus amples précisions.

«Il est clair que tous les moyens doivent être épuisés pour que le processus actuel ne s'inscrive pas au registre des erreurs politiques, juridiques et morales de la France», ajoute-t-il.

Ankara juge par ailleurs «malencontreux que les relations historiques et multidimensionnelles entre la Turquie et la France soient victimes des considérations de calendrier électoral». «Il est tout à fait clair à qui il en incombe la responsabilité», a-t-on ajouté.

La presse turque s'en prenait vivement mardi à Nicolas Sarkozy. «Il a massacré la démocratie», titrait un des principaux quotidiens, Hurriyet, tandis que le journal Soczu flétrissait «Sarkozy le Satan».

La France reconnaît officiellement le génocide arménien depuis la loi du 29 janvier 2001. Les historiens estiment que jusqu'à 1,5 million d'Arméniens ont été tués par les Turcs ottomans en 1915, mais Ankara rejette le terme de génocide, affirmant que le chiffre a été gonflé et que les morts ont touché les deux parties.

Le 7 octobre dernier à l'occasion d'une visite en Arménie, Nicolas Sarkozy avait appelé une nouvelle fois la Turquie à reconnaître sa responsabilité dans ces événements, laissant entendre que la France pourrait faire voter une loi pénalisant le négationnisme en la matière.

À Paris, le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé a plaidé mardi l'apaisement. «Sur le fond de la question, ma position est bien connue, je n'y reviens pas, en tant que ministre des Affaires étrangères, je pense que cette initiative est inopportune, mais enfin le Parlement en a décidé ainsi», a déclaré M. Juppé, sur Canal +.

«Ce que je voudrais faire, aujourd'hui, c'est appeler nos amis turcs au sang froid», a-t-il ajouté. «La Turquie est un grand pays, une grande puissance économique, une grande puissance politique, nous avons besoin d'avoir de bonnes relations avec elle», a-t-il souligné.

«Passée cette vague, un peu excessive il faut bien le dire, je suis persuadé que nous retrouverons des relations constructives. Moi, je tends la main. J'espère qu'elle sera saisie un jour», a poursuivi le chef de la diplomatie française.

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