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Les audiences sur le projet Northern Gateway s'ouvrent discrètement en Alberta

24/01/2012 03:01 EST | Actualisé 25/03/2012 05:12 EDT

EDMONTON - Des tambours autochtones ont retenti et des manifestants ont grelotté dans un terrain de stationnement, mardi, à l'ouverture des audiences en Alberta sur le projet d'oléoduc Northern Gateway, dont la valeur est estimée à 5,5 milliards $.

Un militant de Greenpeace, Mike Hudema, a dit vouloir démontrer que des Albertains sont aussi contre ce projet qui se bute déjà à une opposition farouche en Colombie-Britannique.

Une vingtaine de manifestants munis de pancartes ont discuté avec autant de journalistes lorsque les audiences ont débuté, dans un hôtel d'Edmonton, avec une cérémonie autochtone «des herbes sacrées».

La pétrolière Enbridge (TSX:ENB) veut construire un oléoduc double d'une longueur de 1170 kilomètres pour transporter le pétrole brut extrait des sables bitumineux de l'Alberta vers Kitimat, en Colombie-Britannique, où il serait chargé à bord de pétroliers à destination de l'Asie.

Les gouvernements de l'Alberta et du Canada estiment que cet oléoduc est crucial pour le développement de nouveaux marchés d'exportation des ressources naturelles canadiennes, surtout en Asie.

Des sociétés d'État chinoises ont investi 5 milliards $ dans le secteur canadien des ressources naturelles. Mais sans oléoduc vers la côte ouest, il est impossible d'expédier de grandes quantités de pétrole vers la Chine.

Le premier ministre Stephen Harper a clairement indiqué que la Chine et l'Asie sont, à ses yeux, des marchés cruciaux pour le pétrole albertain. Il réitère fréquemment cette position depuis que le gouvernement de Barack Obama a rejeté le projet initial de pipeline Keystone XL, d'une valeur de 7 milliards $, mis de l'avant par TransCanada (TSX:TRP) pour transporter le pétrole brut des sables bitumineux albertains jusqu'à des raffineries américaines du golfe du Mexique.

Mais des militants environnementaux, autochtones et sociaux affirment que les risques associés à une rupture du pipeline Northern Gateway ou à une marée noire sont tout simplement trop importants. L'oléoduc traverserait des montagnes, des rivières et des ruisseaux, et remplirait annuellement plus de 200 pétroliers qui devraient traverser le périlleux fjord du chenal marin de Douglas avant d'atteindre l'océan Pacifique.

«C'est une planification à court terme, a dit le manifestant Martin Tweendale. Nous devons penser à ce qui arrivera dans 20, 30, 40 ou 50 ans.»

M. Hudema, de Greenpeace, craint de son côté que l'issue des audiences ne soit déjà scellée, compte tenu des appuis exprimés par M. Harper et le gouvernement albertain. «Est-ce que les 4000 personnes qui ont demandé le droit de parole seront entendues pendant cette audience, ou bien est-ce que la décision a déjà été prise?», a-t-il demandé.

Les audiences d'Edmonton s'ouvraient avec les représentations de plusieurs groupes autochtones.

«Nos terres contiennent de nombreux remèdes et animaux et (l'oléoduc) va tout gâcher, a affirmé Dale Alexis, de la nation Alexis. Une fois l'oléoduc construit, nous ne pourrons plus chasser sur ces terres, donc ça nous enlève plusieurs de nos activités culturelles. Si nous ne commençons pas à nous battre, personne ne va venir nous défendre. Il faut le faire nous-mêmes.»

Les audiences avaient débuté en Colombie-Britannique plus tôt ce mois-ci. Elles se poursuivront dans cette province et en Alberta pendant au moins 18 mois.

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